L’imprimerie : un secteur où règne encore la PME

Bulletin MBA, mars 2004
Chef de projets, Hydro-Québec International

Quand on pense au secteur de l’imprimerie au Québec, deux noms nous viennent automatiquement en tête : Quebecor World et le Groupe Transcontinental G.T.C. Ces deux entreprises, en effet, accaparent environ le quart du chiffre d’affaires de l’imprimerie commerciale.

Moins connu est le fait que pas moins de 1 300 entreprises sont actives dans ce secteur, dont 90 % comptent moins de 50 employés. On parle ici de firmes qui réalisent des activités de prépresse (clichage, composition), d’impression de postpresse (finition, reliure) et d’édition. L’industrie de l’imprimé dessert principalement un marché de proximité, composé de clients locaux ou régionaux. À noter que le caractère francophone du Québec constitue une barrière à l’entrée par rapport aux entreprises américaines obligées d’utiliser des logiciels en français pour le prépresse.

L’industrie de l’imprimé dessert principalement un marché de proximité, composé de clients locaux ou régionaux.

L’industrie américaine, même avec des ventes dépassant les 155 milliards de dollars américains en 1999, est elle aussi composée en majorité de petits joueurs, la plupart employant moins de 20 personnes. Au Canada, ce secteur s’avère le plus important en termes de nombre d’entreprises et emploie presque 100 000 personnes, pour des revenus totaux de 10 milliards de dollars canadiens.

Selon Sylvain Simard, MBA, conseiller en développement industriel au ministère de l’Industrie et du Commerce du Québec, « l’industrie de l’imprimerie commerciale, qui a crû considérablement de 1993 à 2001, est rendue à maturité. À moyen terme, son potentiel de croissance est limité, compte tenu du développement des nouveaux médias et de la faible croissance démographique. Après avoir connu une période importante de fusions et d’acquisitions, le secteur connaît une période d’accalmie ».

C’est le cas de nos deux plus gros représentants québécois : à la suite des incursions en Amérique latine (Transcontinental) et en Europe (Quebecor), ces deux entreprises sont en phase de consolidation et de rationalisation de leurs activités nord-américaines.

Les enjeux du secteur
L’industrie a connu des changements d’envergure ces dernières années. Parmi ceux-ci : la numérisation des contenus et l’expansion d’Internet. Ces bouleversements technologiques amènent à la fois de nouvelles occasions d’affaires et des menaces pour certaines activités.

En ce qui concerne les occasions, citons la baisse de coûts de production liée à la transmission informatisée de lourds fichiers et la flexibilité que procure l’utilisation du Web. Les menaces affectent surtout certains types d’imprimés, dont les annuaires et les formulaires commerciaux. Par exemple, plusieurs formulaires gouvernementaux, dont la demande de passeport, sont maintenant disponibles dans Internet, ce qui réduit considérablement la production d’imprimés.

Sylvain Simard cite trois grandes tendances qui exerceront un impact sur les activités du secteur : la convergence des technologies conventionnelles et numériques de l’impression; la convergence de l’impression promotionnelle et transactionnelle, c’est-à-dire plus personnalisée (telle que les relevés de compte bancaires) ; et la convergence de la circulation automatisée des documents imprimés, de qualité mais à coûts élevés et des documents en ligne, à faibles coûts.

Les défis des gestionnaires du secteur résident donc dans la gestion des changements technologiques (le passage de l’analogique au numérique) ainsi que dans l’approvisionnement, avec l’acquisition de nouveaux équipements et logiciels.

À cela s’ajoute une compétition accrue, marquée par une vague de fusions-acquisitions qui favorise la création de plus grandes entités misant sur les économies d’échelle et l’optimisation de la distribution des produits sur de grands territoires. Certains estiment ainsi que 10 000 imprimeries américaines devraient disparaître d’ici deux à trois ans, alors que seulement 3 000 ont fermé leurs portes au cours de la dernière décennie. Une réalité qui ne manquera pas de toucher le Québec.

Malgré cela, les pronostics de croissance pour le secteur sont à l’avenant. L’impression commerciale, l’impression pour le marketing direct (prospectus, encarts) de même que l’impression de journaux, magazines, périodiques et de livres devrait croître dans une fourchette de 4 à 6 % au cours des prochaines années. L’activité où règne une plus grande incertitude reste l’impression de formulaires d’affaires, dont le volume devrait diminuer sensiblement en raison de l’informatisation croissante des imprimés gouvernementaux et commerciaux.

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