Entrevue avec le conseiller municipal de Côte-Des-Neiges

Le Continuum, 14 octobre 1985

Pierre-Yves Melançon, documentaliste de son métier, est un gars bien ordinaire. Mais le mercredi après-midi, il se transforme en conseiller municipal. Il va plaider la cause du quartier Côte-des-Neiges à l’Hôtel-de-Ville. Nous l’avons surpris en plein dédoublement de personnalité.

Pourquoi vous êtes-vous impliqué dans la politique municipale dans le quartier Côte-des-Neiges ?
Question de continuité des activités communautaires au domaine social. Je fais du militantisme depuis 1964. J’ai été responsable d’activités para-scolaires depuis mon secondaire, en plus d’être président d’activités de loisirs. J’ai été aussi très actif durant les années 1960 et 1970 au sein d’associations étudiantes, notamment au Cégep et à l’Université. Dans le quartier, j’ai été impliqué dans différents regroupements, surtout dans le domaine des loisirs, en tant que président de conseil d’administration du Centre communautaire C.D.N. Depuis 13 ans, j’ai participé à de nombreuses batailles locales (protection de la caserne Gatineau, etc.)

Qu’est-ce qui distingue Côte-des-Neiges des autres quartiers ?
Il faut faire la distinction entre le district électoral que je représente en tant que conseiller et ce que l’on pourrait nommer la « zone Côte-des-Neiges », qui couvre un territoire plus large.

Parlons d’abord de votre district.
La population est majoritairement francophone. Dans le secteur délimité entre Queen Mary et Van Horne du côté est de Côte-des-Neiges, il y a à peu près 60 % de francophones et on a l’impression, depuis quelques années, qu’ils augmentent en nombre.

Et la communauté étudiante ?
À cause de la proximité de l’Université, il y a beaucoup d’étudiants, et pas seulement des étudiants québécois; beaucoup d’étudiants étrangers peuplent le secteur, notamment des étudiants Africains. On constate aussi, et le phénomène est nouveau, que les étudiants finissant ont maintenant tendances à demeurer dans le quartier, au lieu de déménager immédiatement, dès la fin de leurs études.

Le quartier ne se résume pas seulement à cela ?
Non, il a aussi beaucoup d’employés du secteur public (hôpitaux, collèges, Université) qui travaillent dans le quartier et y demeurent. Aussi, les revenus varient entre les personnes, allant souvent du double au triple! Il semblerait en outre que la proportion des femmes l’emporte nettement sur celle des hommes (un rapport d’environ 55 % à 45 %), surtout à cause de la présence des femmes âgées et des familles monoparentales. À l’exception du district électoral où ce n’est pas vrai, il faut mentionner la présence remarquable des communautés ethniques. Enfin, le quartier se caractérise par une forte concentration de locataires par rapport aux propriétaires et par une qualité des logements qui pose souvent problème.

Vous avez parlé de la présence des communautés ethniques. Semble-t-il y avoir des problèmes de cohabitation entre les francophones et les immigrants dans Côte-des-Neiges ?
Globalement, il n’y a pas de problème de cohabitation et d’intégration des différentes communautés au sein de Côte-des-Neiges. Les communautés ethniques participent à plusieurs activités conjointes. Mais il faut dire que les associations qui représentent ces communautés ont une dynamique interne très forte, ce qui les isole peut-être un peu des francophones. Aussi, elles éprouvent quelques problèmes d’intégration à l’ensemble des activités du quartier, ce qui est normal, à cause de la barrière linguistique.

Pouvez-vous brosser un tableau de l’évolution récente du quartier Côte-des-Neiges? Quels sont ces traits dominants ?
Sur le plan physique, il n’y a pas eu de transformations majeures aux niveaux résidentiel et institutionnel. Cependant, l’artère Côte-des-Neiges elle-même a beaucoup changé. Elle s’est développée comme une artère commerciale, et le nombre de bureaux a fortement augmenté. Beaucoup de restaurants sont apparus, dont des « fast-foods » qui ont considérablement détériorés l’attrait commercial du secteur.
Démographique parlant, il y a de plus en plus de francophones par rapport aux anglophones. Le nombre d’allophones demeure stable. Environ 20% de la population est constituée de personnes âgées, et il y a eu une augmentation des familles, ce qui a permis le maintien de l’école Notre-Dame-des-Neiges.

Quelles sont les forces et les faiblesses d’un quartier aussi hétérogène ?
La force du quartier réside dans la présence de plusieurs groupes communautaires qui œuvrent dans différents domaines. Globalement, le militantisme est important. Du côté des déficiences, le groupe des adolescents 13-18 ans semble être délaissé. Mais on essaie de combler ces lacunes.

Et les étudiants ?
On pourrait rendre plus dynamique la présence des étudiants dans le quartier, en les faisant participer à différents projets qui leur permettraient de s’impliquer, comme des stages, par exemple.

Quelles sont vos priorités dans le quartier ?
Les logements. Ils doivent être rénovés et entretenus. Il faut faire des efforts pour améliorer les services fournis aux personnes âgées. Pour les femmes surtout, les loisirs du soir devraient être mieux publicisés. Par exemple, le Centre des loisirs Côte-des-Neiges organise un grand nombre d’activités pour les gens du quartier. Il y a également quelques problèmes au niveau de la sécurité publique. Il n’y a pas beaucoup de violence, mais le taux de délinquance juvénile demeure assez important et la prévention est nécessaire si on veut faire de Côte-des-Neiges un quartier encore plus paisible.

Tout à l’heure, vous parliez de dégradation commerciale du chemin de la Côte-des-Neiges. Y a-t-il quelque chose à faire ?
Il est important d’aménager cette artère commerciale pour favoriser un développement plus harmonieux. De manière générale, une meilleure concertation entre les différents intervenants pourrait assurer une meilleure coordination des services. Par exemple, on pourrait créer un forum des organismes communautaires qui impliquent des bénévoles. La protection du patrimoine fait aussi partie des objectifs. Ce ne sont pas les défis qui manquent!

Vous êtes satisfait de votre implication dans Côte-des-Neiges ?
Jusqu’à maintenant, expérience a été excellente. Il y a certes un certain nombre de frustrations, mais Côte-des-Neiges est un quartier qui bouge, qui est dynamique et c’est ce qui rend mon travail intéressant.

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