L’électricité au Québec : quelques notions à éclaircir fréquemment…

Connaissance des énergies, 25 mars 2021

Yvan Cliche
Fellow spécialiste des questions énergétiques, Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM)
Ancien délégué commercial et gestionnaire de projets à Hydro-Québec International

Pour quiconque n’évolue pas dans le secteur de l’énergie, et en particulier de l’électricité, les erreurs d’appréciation sont normales… et courantes. Voici quelques exemples d’erreurs lexicales et de notions qui peuvent sembler évidentes aux acteurs de l’énergie mais qu’il faut expliquer de façon régulière auprès du grand public au Québec.

La confusion entre mix énergétique et électrique
La confusion entre mix énergétique et mix électrique n’est bien sûr pas spécifique au Québec mais elle est assez courante dans la province. Il convient ainsi de rappeler que l’électricité compte pour 38% de la consommation finale d’énergie au Québec (contre 40% pour les produits pétroliers raffinés).

Cette part de l’électricité dans le mix énergétique québécois est déjà très élevée par rapport à d’autres régions du monde (elle avoisine 25% en France) et devrait encore augmenter, notamment du fait du développement rapide des véhicules électriques au niveau provincial depuis 2012.

Une « ligne hydroélectrique » ?
Parler de « ligne hydroélectrique » est une autre erreur assez fréquente au Québec, qui s’explique par le fait que l’hydroélectricité compte pour près de 94% de la production totale d’électricité de notre province(1) (et pas moins de 99% de celle du principal producteur, la société d’État Hydro-Québec).

Une ligne de transport ou de distribution est bien sûr un conducteur qui permet d’acheminer de l’électricité. L’origine de sa production varie (hydroélectricité, nucléaire, éolien, solaire ou autre) mais, une fois sur le réseau, l’électricité n’a plus de « nature », hydroélectrique ou autre !

L’électricité est vendue « moins chère » aux voisins qu’aux clients québécois ?
Hydro-Québec et les autres producteurs québécois peuvent exporter de l’électricité vers les réseaux voisins (dans d’autres provinces du Canada et aux États-Unis)(2). Livrée sur des lignes de transport en « gros volumes », l’électricité est en général vendue à un prix compétitif, typiquement autour de 0,04 $ CAD/kWh (le prix peut toutefois sensiblement augmenter en cas de forte demande des réseaux voisins).

Or, le « tarif résidentiel » hors taxes de l’électricité au Québec était de 0,073 $ CAD/kWh $ par kWh en 2020(3), ce qui en fait le tarif domestique le plus bas d’Amérique du Nord selon Hydro-Québec (les tarifs ont été gelés entre le 1er avril 2019 et le 31 mars 2021(4)). Certains des compatriotes en déduisent ainsi qu’Hydro-Québec vend son électricité « moins cher » à ses voisins qu’aux clients québécois !

La différence de prix réside bien sûr dans le fait que l’électricité livrée aux clients québécois inclut la partie transport ET la partie distribution/services à la clientèle (ainsi que les près de 15% de taxes qui s’ajoutent par la suite au tarif d’Hydro-Québec(5)).

Un « déficit de puissance » ponctuel malgré des « surplus » de production ?
Des clients d’Hydro-Québec s’étonnent d’entendre parler de « surplus d’énergie » à commercialiser(6) alors qu’il est à certaines périodes de l’année question d’un « déficit de puissance »… Si « surplus d’énergie » il y a, pourquoi demande-t-on ponctuellement aux clients en hiver de limiter leur usage de l’électricité ?

En période de « pointe » de la consommation électricité en hiver, une forte puissance électrique est « appelée » en même temps par les consommateurs, étant donné que plus de 80% des ménages au Québec se chauffent à l’électricité. Même si Hydro-Québec dispose théoriquement de suffisamment d’eau dans ses réservoirs, donc potentiellement d’énergie disponible pour faire face à cette demande, la puissance installée de ses équipements est alors sollicitée au maximum de leurs capacités(7).

Il arrive ainsi que, par temps très froid l’hiver (- 30 °C), Hydro-Québec demande à ses clients de limiter leur consommation. La société d’État peut ainsi faire état d’un « déficit » temporaire de puissance lorsque la demande est très importante à un moment donné, alors même qu’elle dispose d’une production « excédentaire » le reste de l’année.

  • parue le 25 mars 2021

Sources / Notes

  1. La production québécoise d’électricité a atteint 212 TWh en 2019. Après l’hydroélectricité, l’éolien est la deuxième filière productrice (5,3% du mix électrique en 2019).
  2. Le marché « de gros » de l’électricité a été ouvert au Québec en 1997.
  3. Rapport annuel 2020 d’Hydro-Québec.
  4. Conformément à l’adoption de la Loi visant à simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité.
    Tarifs pour la clientèle résidentielle (tarifs domestiques), Hydro Québec.
  5. 5% pour la TPS (taxe sur les produits et services – fédéral) et 9,975 % pour la TVQ (taxe sur la valeur ajoutée – provincial).
  6. Le Plan d’approvisionnement 2020-2026 d’Hydro-Québec, publié le 1er novembre 2020, mentionne : « Le bilan d’énergie présente l’état des approvisionnements en énergie pour chacune des années de la période couverte par le Plan. Il montre que la somme de tous les approvisionnements actuels et prévus est suffisante pour répondre aux besoins du Distributeur jusqu’en 2026 ». (p.10)
  7. La puissance installée du parc électrique d’Hydro-Québec était de 37 231 MW à la fin 2020. Ses ventes nettes d’électricité ont atteint 202,7 TWh en 2020 (dont 31,3 TWh d’exportations).

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