Un territoire à partager

Le Devoir, 22 février 1988

Dans le conflit israélo-arabe, il n’est pas nécessaire d’analyser lès atrocités et la culpabilité des et des autres et de remonter dans l’histoire pour démontrer l’illégitimité des revendications de l’adversaire : ce qu’il faut, « c’est revenir à l’essentiel » soit la présence sur un espace fort exiguë, de deux communautés qui se font face et qui s’identifient à un même territoire.

Telle est la position exprimée par Pierre Bourgault, professeur à l’UQAM, au cours d’un débat animé tenu la semaine dernière au Centre Communautaire juif et portant sur le thème : « Israël, que faire ? ».

Selon M. Bourgault, les Arabes doivent cesser d’imaginer jeter les juif à la mer et les Israéliens doivent comprendre qu’ils ne pourront relocaliser les Palestinien n’importe où dans le monde arabe : Comme Israël est en position de force, ajoute-t-il c’est à ce pays d’engager les premiers pas pour une future négociation de paix : Israël devrait immédiate-ment reconnaitre l’OLP, dit-il.

Mais comment-négocier avec adversaire qui ne vous reconnait pas ? répond le professeur Julien Bauer, de l’UQAM. Les Arabes remettent en cause l’existence même des Juifs, et il est impossible de faire la paix avec un ennemi quand aucune règle du jeu n’a été établie.

De plus, mentionne le professeur, l’OLP n’a pas intérêt à faire la paix, car cette organisation ne pourra survivre à un accord avec Israël. Advenant la paix avec l’État juif, raconte M. Bauer, les masses arabes balayeront la plupart des régimes en place.

Autre invité du panel, Jacques Zylberberg (Université Laval) ne croit pas en la solution des conférences internationales, qui se font souvent au détriment des populations en cause. Selon lui, tant que le destin des Palestiniens sera relié 22 dictatures militaire arabes, il n’y aura pas de paix dans la région. Connu pour ses commentaires acérés, le professeur Zylberberg s’est notamment permis de traiter le journal Le Devoir de « torchon antisémite traditionnel » le répétant deux fois pour permettre à ses interlocuteurs de bien comprendre ses propos.

Le débat a d’ailleurs donné lieu à des prises de bec, surtout entre les professeurs Gilbert Tarrab et Julien Bauer. Le premier a condamné, en utilisant des commentaires recueillis dans différents journaux, la politique actuelle d’Israël dans les territoires occupés ce qui n’a pas manqué de soulever l’ire de certains invités et de plusieurs personnes dans l’assistance. À certains moments, le modérateur a eu bien du mal ramener un peu d’ordre dans le débat.

M. Tarrab a mis l’emphase sur les commentaires de certaines personnalités israélienne appelant les soldat à désobéir aux ordres de l’état-major. Selon lui, les actions de soldats israéliens bafouent la dignité humaine. Il est impossible à un peuple de survivre en n’en écrasant un autre, mentionne-t-il.

Propos que récuse M. Bauer, qui s’indigne contre un certain discours, voulant qu’Israël doive s’intégrer à la culture Moyen-orientale tout en étant moralement supérieur à ses voisins. Le professeur s’étonne que les médias ne fassent jamais mention des exactions contre lés droits de la personne dans les pays avoisinants. Israël est jugé injustement car, différemment des autres pays. Sous la botte nazi, il n’y avait pas de ABC (référence au réseau américain de télévision), a déclaré son confrère Zylberberg, sous les applaudissements de la salle.

Favorisant une approche pragmatique, Pierre Bourgault, enjoint les Israéliens à prendre « le risque, de la paix », même pour cela, il faut négocier avec son pire adversaire. En politique, on ne choisit pas ses ennemis, dit-il.

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