Les États-Unis face à la menace islamiste

Publié dans www.tolerance.ca, www.danielpipes.org, 29 septembre 2003

Auteur de treize ouvrages et commentateur invité auprès de plusieurs médias, Daniel Pipes porte un regard cru sur le monde arabe et l’islam, et en particulier sur l’intégrisme musulman. Porte-parole influent des courants conservateurs de la communauté juive américaine, Pipes est aussi très écouté à la Maison-Blanche. Je l’ai interrogé sur ses vues que plusieurs qualifient de radicales.

Notre rencontre a eu lieu dans ses bureaux de Philadelphie.

Depuis nombre d’années, Daniel Pipes proclame haut et fort que l’islamisme, comme celui prôné par des groupuscules tel Al Qaïda, constitue la plus grave menace à la sécurité de l’Occident depuis la chute du communisme. Et les événements du 11 septembre l’ont renforcé dans ses opinions.

Pipes croit, en effet, plus que jamais que les États occidentaux, et en particulier les États-Unis, doivent faire de la lutte contre l’islamisme radical leur priorité nationale et internationale. Ce qui signifie d’identifier clairement ses amis et ses ennemis. Pipes nomme la Turquie comme un de ces alliés, qui a adopté depuis longtemps un système séculier lui permettant de reléguer la religion au domaine privé. Peu de pays musulmans trouvent grâce à ses yeux, la plupart d’entre eux partageant, d’après Pipes, des valeurs aux antipodes de celles de l’Occident.

« Contrairement au Japon, à d’autres états asiatiques et à nombre de pays d’Amérique latine, le monde arabo-musulman n’a pas encore amorcé un vrai virage vers la modernité, m’affirme-t-il, d’entrée de jeu. Pourtant, ajoute-t-il, la plupart des grandes cultures se sont fait une raison de la domination occidentale. Elles ont su adapter leurs traditions, leurs systèmes politiques et économiques, et tirer leur épingle du jeu, voire rejoindre les puissances occidentales. »

Ce qui ne serait pas le cas du monde musulman.

« La norme : l’absence de liberté politique »
« Bien qu’il y ait eu une tentative d’ouverture au début du siècle dernier, d’une durée d’environ 20 ans, la tendance a plutôt été de prendre les fruits du génie occidental, soit la technologie, et de rejeter les bases idéologiques appuyant ce progrès. Les musulmans se sont donc coupés de la modernité et performent mal sur l’échiquier mondial, sans parler de l’absence de liberté politique qui est la norme dans les régions où domine l’Islam. »

Pipes affirme que les États-Unis ont contribué à maintenir cette situation.

« Nous sommes plus intéressés à la stabilité et au pétrole qu’à des réformes démocratiques aux issues imprévisibles », admet-il.

Mais les Américains avaient-ils un autre choix que d’appuyer ces dictatures ? questionne Pipes. Dans le monde arabe, les options offertes aux dirigeants des États-Unis apparaissent limitées : soit accepter un régime autoritaire non démocratique, mais favorable à Washington; soit laisser la place à un régime islamiste, tout aussi brutal mais défavorable aux intérêts américains.

Le cas de l’Afghanistan est un bon exemple de ce phénomène : les Américains se sont désintéressés du pays, avec le résultat qu’un régime islamiste y a pris racine, laissant libre cours aux actions d’Al Qaïda.

Pour cette raison, Pipes favorise des changements qui accorderaient le pouvoir à des leaders dirigistes qui conduiraient leurs pays vers des réformes modernes plutôt que de compter sur la formation d’une société civile forte.

Cette dernière option risquerait de prendre bien trop de temps, selon Pipes. Il demeure convaincu que le monde musulman éprouve une certaine difficulté à composer avec une civilisation chrétienne avec laquelle il a connu de graves périodes de tension dont le point culminant fut les Croisades. Il soutient que l’Islam est victime d’un blocage psychologique, largement entretenu par des mouvements intégristes au relent totalitaire, qui ne favorisent ni la liberté d’expression ni la démocratie, les deux piliers de la modernité.

La menace islamiste serait d’autant plus réelle que les intégristes ont démontré leur habileté à se fondre parmi nos sociétés, tout en abhorrant nos valeurs. Pour cette raison, plaide-t-il dans une de ses avancées les plus controversées, les sociétés occidentales ont toute raison de s’adonner au « profilage », c’est-à-dire au ciblage des islamistes.

Le rôle des musulmans américains
« Dois-je rappeler qui sont ceux qui ont commis les attentats des dernières années contre les États-Unis et notamment ceux du 11 septembre ? Des Arabes, au nom de l’Islam. Même les musulmans et les Arabes de bonne foi sont d’accord pour qu’on porte plus d’attention aux extrémistes, par exemple lors de l’application de mesures de contrôle aux aéroports. Il en va également de la sécurité des musulmans. »

Pipes insiste justement pour que les arabophones et les musulmans américains jouent un rôle clé dans le combat contre l’islamisme radical. C’est pourquoi il récuse la théorie d’une confrontation de civilisations entre l’Islam et l’Occident.

« Les musulmans sont autant victimes que les autres groupes de notre société de cet islamisme radical, qu’ils n’osent cependant pas dénoncer, de peur de représailles. Mais ce sont eux qui sont les plus aguerris pour démasquer ce discours obscurantiste. Les musulmans d’Amérique du Nord, mieux intégrés que ceux d’Europe, sont particulièrement bien placés pour effectuer ce travail devenu essentiel à notre sécurité. Il faut cependant les appuyer et les aider à mieux s’organiser. »

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