Défection d’un parti à un autre : de la fausse représentation

Voir, 19-25 octobre 2000

C’est dans une apparente indifférence que les électeurs ont accueilli les défections récentes de trois députés fédéraux, deux conservateurs, un néo-démocrate, vers le Parti libéral de Jean Chrétien. Pourtant, ces volte-face constituent ni plus ni moins qu’un rupture de contrat des députés élus envers leurs électeurs qui leur ont fait confiance en les élisant sous une bannière autre que celle qu’ils arborent dorénavant.

Comme on le sait, la plupart d’entre nous votons, au fédéral ou au provincial, pour le parti et son chef et, dans une bien moindre mesure, pour le député censé nous représenter au parlement. Le député élu doit autant sa légitimité au parti et au chef qui l’ont fait élire qu’à ses qualités personnelles de représentant des électeurs de son comté.

En changeant d’allégeance politique, en cours de route et sans consultation, le député trahit en quelque sorte une bonne partie de sa légitimité. Dans le cas des trois derniers députés en cause, ces revirements sont d’autant plus étonnants que les différences idéologiques entre le Parti conservateur, le NPD et le Parti libéral sont importantes sur plusieurs registres.

On pourrait aisément comparer cette situation à l’achat d’un produit de consommation. Comment réagiriez-vous si l’on vous promettait une automobile de marque General Motors de couleur rouge et que l’on vous livrait, quelques semaines plus tard, sous prétexte d’un changement récent des goûts et des modes, une Ford verte ? Cela vous donnerait le droit d’invoquer la fausse représentation de la part du vendeur, sans compter la rupture du lien de confiance entre les deux parties.

Notre régime politique est assez souple pour introduire une réforme mineure au système électoral actuel : l’obligation, pour chaque député, de retourner dans un délai prescrit auprès des électeurs pour légitimer tout changement d’allégeance ; bref, appeler une élection partielle.

En plus de faire réfléchir les députés opportunistes tentés par une conversion électorale ne visant que leur propre réélection, cette mesure ne serait que simple justice auprès des électeurs du comté concerné et, notamment, envers ceux qui ont initialement élu majoritairement le député sous une bannière différente.

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