Contre la violence et les bagarres au hockey

La Presse, 1er octobre 2000
Résidant de Montréal et politicologue de formation, l’auteur suit avec assiduité le hockey amateur et professionnel depuis une trentaine d’années.

L’OUVERTURE DU PROCÈS, lundi dernier, de ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire McSorley, est propice à une réflexion sur la place des bagarres et de la violence dans le hockey junior et professionnel.

Rappelons qu’à la fin de la saison dernière, le défenseur des Bruins de Boston, Marty McSorley, avait asséné un violent coup de bâton en plein visage à l’attaquant Donald Brashear, des Canucks de Vancouver, qui s’est écroulé, inconscient. M. McSorley fait actuellement face à des accusations d’agression armée.

Pour moi, les bagarres au hockey sont devenues comme la bière et le chips. J’aime, mais est-ce pour autant bon pour le sport ?

À l’aube d’une nouvelle saison de hockey amateur et professionnel, il serait temps d’envisager de débarrasser notre sport national d’un écueil qui tache grandement sa réputation. Oui, abolissons-les bagarres !

J’avancerais cinq facteurs en faveur de la disparition des bagarres de notre sport national.

1- Le hockey est le seul sport professionnel qui tolère encore ce genre de combat extrême, où ne règne que la force brute. Les bagarres portent ombrage aux qualités nécessaires d’un vrai hockeyeur, soit le sens du jeu, la finesse, la vitesse, la combativité. Avec la violence et l’accrochage, plusieurs parents – nous en connaissons tous dans notre entourage – ont incité leurs enfants à troquer le hockey pour d’autres sports moins violents, tel le soccer.

2- La tolérance face aux bagarres laisse moins de place aux joueurs potentiellement plus talentueux. En effet, la présence d’un ou deux durs à cuire par équipe signifie qu’à l’échelle de la Ligue nationale, avec ses 30 équipes, au moins une trentaine de places sont prises par des joueurs moins talentueux. Combien de Saku Koivu sont ainsi sacrifiés pour les Marty McSorley de ce monde?

3- Corollaire du point précédent, le hockey canadien perd sa suprématie depuis une dizaine d’années au moins. L’an dernier, la plupart des meilleurs marqueurs de la Ligue nationale étaient des Européens. Rappelons que ce sont les Tchèques qui sont les derniers champions olympiques, les Canadiens n’étant même pas classés pour une médaille, malgré la présence de nos meilleurs éléments. Sans tout ramener notre recul à un seul facteur, il demeure évident que notre insistance à favoriser la taille et la force brute constitue sans nul doute un des éléments nous faisant perdre notre avance historique.

4- La société nord-américaine a beaucoup évolué depuis les temps mémorables de Maurice Richard. À l’époque, les familles de la classe moyenne, qui formaient le bassin des futurs hockeyeurs professionnels, gagnaient pour la plupart leur croûte à la force du bras et enseignaient aux fils à se défendre avec les poings, si besoin était. De nos jours, on enseigne plutôt à la prochaine génération à arbitrer les conflits et à gérer sa colère. Comment peut-on faire fi de ce conseil dans le cas du hockey, où on valorise encore le fait d’ensanglanter par le poing son adversaire pour colmater sa frustration.

5- La « judiciarisation » plus poussée de notre société, comme le démontre la poursuite contre Marty McSorley, chose que l’on ne voyait jamais auparavant, incitera à y penser deux fois avant d’utiliser la brutalité pour stopper un adversaire. Le jour n’est probablement pas loin où, soit un parent soit un joueur, poursuivra un instructeur ou adversaire le forçant à un affrontement aux poings.

À l’époque où le hockey s’internationalise et où le soccer attire de plus en plus les parents et leurs jeunes, il serait temps que les vrais amateurs de hockey, ceux qui se réjouissent davantage des poussées habiles de Jaromir Jagr que de l’intimidation du gorille de service, sensibilisent les tenants du hockey traditionnel à prendre le virage du hockey de demain. Un tel virage permettra de développer davantage chez nos jeunes les vraies habiletés qui nous permettront de reprendre notre place de leader du hockey mondial.

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