Mais que font-ils avec tout cet argent ?

Métro, 12 juillet 2001
Détenteur d’un MBA.

En l’an 2000, le président de Nortel Networks, John Roth, s’est vu attribuer en émoluments un montant de 135 millions de dollars, grâce à un salaire de base de quelques millions et, surtout, l’exercice de ses options, qui à elles seules lui ont valu plusieurs dizaines d’autre smillions. (Une option est un régime qui consiste à offrir des actions que l’on peut vendre selon certaines conditions). Comme on le sait, les actions de Nortel sont en chute libre depuis le début de l’année.

Prenez un crayon et une calculatrice et faites le compte : avec un taux d’imposition de 50 %, cela fait largement de M. Roth un nouveau millionnaire à chaque semaine. On rappelle : net d’impôt.

Centre trente-cinq millions de dollars, c’est plus de 3 850 fois le salaire d’un travailleur moyen (établir arbitrairement aux fins de cet article à 35 000 $/an). Si on suit un certain raisonnement, le travail et le génie de M. Roth valent celui de quelque 3 850 travailleurs.

Si cela vous remue, ne lisez pas ces prochaines statistiques. En 2000, le président de la société financière américaine Citigroup, Sanford Weill, a touché la bagatelle de 150 millions US, soit une augmentation de…12 444 % par rapport à 1990. Douglas Daft, de Coca-Cola : 109 millions US. IBM (Louis Gartner) : près de 38 millions US. Et ainsi de suite. (Le salaire minimum aux États-Unis est de 5,15 $ US/heure).

La question se pose : un individu peut-il vraiment mériter tout cet argent ?

Il se trouvera des économistes, des financiers et quelques idéologues illuminés pour justifier pareil excès. Leurs arguments tourneront autour de la « valeur » que ces dirigeants apportent aux actionnaires, gros bonnets et investisseurs ordinaires, ces derniers confiant leurs petits pécules surtout à des fonds de pension.

Il n’y a pas à contester que ces dirigeants méritent des salaires annuels avoisinant les meilleurs gros lots de Loto-Québec. mais il y a une nuance entre le mérite et l’indécence. Depuis quelques années, les salaires des dirigeants d’entreprises nord-américaines, déjà faramineux, progressent à des taux dépassant de façon exponentielle l’augmentation des travailleurs moyens. Ils sont hors de contrôle.

Bref, la machine est emballée : pour attirer un nouveau dirigeant, il faut offrir plus que le compétiteur, aligner les dizaines de millions et ainsi de suite…

À tant parler de la nécessité d’instaurer un plafond aux salaires des hockeyeurs professionnels, il serait peut-être temps d’y penser pour les dirigeants d’entreprises. Un maximum établi à un multiple du salaire de base des employés ou quelque chose du genre.

De la performance, right, de la décence, aussi.

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