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Projets agricoles au Burkina Faso, grandes avancées

Site web, Banque africaine de développement, octobre 2008

Avec des investissements pourtant relativement peu spectaculaires, quelque 30 000 ménages vivant de l’agriculture se sortent de leurs conditions modestes pour se bâtir de petits pécules, mettre de l’argent en banque, améliorer leur vie quotidienne, et aussi préparer l’avenir, en utilisant leurs ressources supplémentaires pour envoyer leurs enfants se faire instruire à l’école.

Ces petits miracles de vie, ils se réalisent grâce à la BAD au Burkina Faso, dans le sud-ouest de l’Etat, une région agricole fertile, car bien arrosée, considérée comme le grenier du pays.

« Les moyens de faire décoller l’agriculture en Afrique sont la formation, les moyens techniques et commerciaux adéquats et la confiance à donner aux paysans », souligne Dominique Dyemkouma, coordonnateur du Projet d’appui au développement local des provinces de la Comoe, Léraba et du Kénédougou (PADL/CK).

Un simple coup de pouce, mais suffisant pour permettre aux agriculteurs de transiter d’une culture pluviale à une culture annuelle. Les bienfaits : une augmentation notable des quantités de production et une auto-suffisance accrue.

Ces projets misent sur une meilleure productivité agricole pour augmenter d’au moins 40 % la production agricole locale, mais aussi favoriser l’écoulement des surplus dégagés, la professionnalisation des agriculteurs par le renforcement des capacités, en technique, en commerce, sans oublier l’alphabétisation. Ils concernent une superficie agricole de plus de 100 000 hectares, avec des productions variées comme le sorgho rouge, le mais, le manioc, les arachides, les agrumes, les mangues, les bananes.

Des projets, signale Dominique Dyemkouma, choisis et gérés par les communautés elles-mêmes, regroupées dans presque 500 comités ou organisations paysannes. Pour être bénéficiaires en effet, celles-ci ont dû y mettre du leur, en général en assumant environ 10 % du coût total de l’initiative retenue. Une façon de les impliquer, de les responsabiliser, afin que les communautés s’approprient les projets, une des clés du développement.

Et dans cette recherche de la sécurité alimentaire : une approche respectueuse de l’environnement, qui valorise la productivité plus que l’accroissement des superficies cultivées.

Le projet préconise l’utilisation des matières premières comme engrais, pour des raisons de coûts certes, mais aussi de durabilité des sols. On cherche ainsi à bien exploiter les sols déjà dédiés à l’exploitation agricole avant de défricher d’autres terres. Même les clôtures pour empêcher le passage d’animaux sont teintées d’écologisme : on utilise plutôt des épineuses, qui font ce travail au naturel.

Voici un court portrait de ces valeureuses initiatives qui permettent aux Burkinabé de faire de grandes avancées dans la lutte contre la pauvreté.

Passer à travers la crise
Printemps 2008. Dans le monde, on assiste à la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires. En Afrique, la crise sévit partout. Le Burkina Faso ne fait pas exception. Le prix du sac de riz est en hausse. Résultat : la plupart des ménages ne peuvent plus s’en procurer, sinon doivent réduire considérablement les portions quotidiennes. La grogne gronde. Il faut faire quelque chose, rapidement.

Heureusement, la BAD réagit prestement. Parmi les mesures concrètes lancées pour face à l’augmentation des prix alimentaires, on compte sur une meilleure productivité des plantations.

Un cas : Niangoloko. Une communauté de 1 000 agriculteurs. En juin 2008, elle reçoit des centaines de sacs de semences et d’engrais, pouvant couvrir une superficie de 200 h. Juste à temps pour la plantation de saison. L’opération dure une semaine. A voir la qualité et la beauté des champs ainsi cultivés, les effets semblent des plus positifs.

« La situation était fort difficile il y a quelque temps, dit Edouard, un agriculteur. On manquait de semences, d’engrais, et les récoltes n’auraient pu être au rendez-vous pour nourrir tout le monde. Grâce à cet appui inattendu, nous allons faire face à la situation et passer au travers. Un gros merci à ces appuis. »

Petit cultivateur devenu entrepreneur
Tiankoubé, 33 ans, de Nafona, débute sa vie active comme la plupart des membres de sa famille : agriculteur. Pauvre, sans moyens adéquats pour entretenir des plantations bananières vigoureuses, fertiles l’année durant. Une grosse embûche se dresse sur son chemin, comme pour tous les agriculteurs du pays : une irrigation irrégulière, abondante durant six mois (avril et novembre) et inexistante les autres mois. Or, les plantations ont besoin d’un apport régulier d’eau pour donner un rendement adéquat. Il utilise certes des arrosoirs, mais celles-ci sont peu efficaces et exténuantes à exploiter.

La solution est bien simple, mais encore faut-il avoir les ressources pour l’implanter : une moto-pompe, qui permettrait, grâce à des conduits enterrés dans le sol, d’irriguer les surfaces cultivées. Ce système « californien », le projet PADL/CK est en mesure de l’installer.

Les résultats sont à l’avenant. D’une surface cultivée de moins d’un hectare en 2002, Tiankoubé en cultive maintenant… 5, chacune ayant sa spécialité : banane, manioc, mais. Spectaculaire, le succès du jeune homme l’inspire à poursuivre sur cet élan. En 2006, il se procure, par ses propres moyens, une autre moto-pompe, qui lui permet d’augmenter sa productivité, d’embaucher des travailleurs. Six employés sont maintenant à sa charge, dont il prend en sus les frais d’hébergement et de santé.

Cette nouvelle situation (ce père de trois enfants a maintenant deux comptes bancaires, un cellulaire, un vélo, une moto) lui permet d’envisager l’avenir avec optimisme. Il s’est construit une maison, et ne compte pas en rester là. Il entend diversifier sa production. En somme, le projet a fait vibrer les fibres d’un jeune entrepreneur, qui contribue à hausser les conditions de vie environnantes et donne le goût à d’autres de se lancer aussi à l’assaut de cette agriculture rentable.

Une production croissante
L’apport bien concret des moto-pompes profite aussi à l’exploitation Tangréla. Ici, la culture de la bananeraie, du maïs et des cacaoyers se fait maintenant avec une irrigation à l’année. L’exploitation initiale de 2 hectares s’est agrandie jusqu’à… 65 hectares.

Si bien que le groupement responsable de l’exploitation s’est ouvert un compte conjoint à la caisse populaire et profite de ses deniers si bienvenus pour s’acheter de meilleurs outils, exploiter davantage, vendre ses surplus. Les habitants se réjouissent de cette vie plus digne : meilleures habitations, acquisition de moyens modernes de déplacement.

L’eau, devenue accessible
De longs kilomètres parcourus tous les jours, à force de longues heures épuisantes, du temps qui pèse sur les vies de ces habitants, qui peinent pourtant très fort pour se faire une vie minimalement décente et nourrir correctement leurs enfants.

Nul doute, disposer d’eau aux abords du village de Panga serait une avancée précieuse pour cette communauté rurale. Depuis mars 2008, cet espoir si longtemps entretenu se matérialise : un puits est mis en opération et permet, aux femmes surtout, d’aller chercher une eau potable à proximité, épargnant les longues heures et la fatigue d’autrefois.

« Notre vie est tellement plus facile, nous dit une résidente, c’est incomparable. Un merci de tout cœur au projet pour cette nouveauté, que nous chérissons chaque jour. »

Un même changement de vie à Yendéré, où quelque 50 agriculteurs profitent depuis 2008 de deux puits. Un bénéficiaire, Yacoubé, explique : « On souffrait beaucoup auparavant. On devait creuser à même le sol, parfois sans succès, souvent loin dans la brousse. Maintenant, la vie est vraiment meilleure. L’accès à l’eau nous permet d’accroître notre production, de nous spécialiser par type de culture. On gagne ainsi plus d’argent en vendant nos excédents. Bref, on s’épuise moins, tout en gagnant plus. On s’est élevé d’un cran. »

Un moulin, qui fait le travail en deux minutes
Des efforts surhumains, journaliers, épuisants, voilà ce que devaient fournir les femmes du village de Mondon pour moudre le manioc afin de faire vivre leurs familles. Quand les responsables du projet échangent avec elles pour déterminer quelle technologie leur permettrait d’améliorer leurs conditions de vie, le choix n’est pas difficile à identifier : un moulin pour transformer en petits morceaux comestibles le manioc si durement recueilli et haché selon les méthodes traditionnelles.

Maintenant, la communauté peut disposer de manioc haché en deux minutes, une tâche occupant aisément trois bonnes heures auparavant, et ce sans efforts, libérant au surplus du temps pour d’autres travaux. Mieux : une production accrue, permettant la vente aux communautés avoisinantes, et des ressources cumulées pour mieux se nourrir et garder les enfants à l’école.

De plus, le projet offre des cours d’alphabétisation. Durant deux mois, la communauté a en effet rejoint les bancs d’école pour apprendre à lire, à compter, pour mieux s’autogérer. « On a dépassé l’auto-suffisance, et on peut dégager des ventes auprès des marchés. C’est un avantage indéniable. On tient à poursuivre dans cette voie, dit K.Sombié, président du groupement de quelque 100 femmes. De plus, avec cet appui, nous pourrons aider nos membres en cas de besoins. »

Natures, c’est bien, séchées, c’est encore mieux
Qui ne raffole pas des mangues, ce fruit si juteux, si savoureux ? Or, comme ce fruit pourrit rapidement, peu peuvent en profiter, hormis les chanceux habitants situés tout près des plantations. La façon de pérenniser les vertus de la mangue et d’en faire profiter d’autres heureux : le séchage.

La coopérative s’approvisionne auprès des quelque 150 agriculteurs membres, puis transforme le produit, en le chauffant pour lui faire perdre son eau. Ensuite celui-ci est mis en sachets, selon des formes dictées par le marché : en galettes, en chips, en bâtonnets. Le tout sans additifs chimiques. Résultat : une activité économique qui dépasse celle du coton dans la région.

Burkina Faso : un hôpital tant attendu, si apprécié

Site web, Banque africaine de développement, octobre 2008

Nous sommes au début des années 2000. Dans le Sud-Ouest du Burkina Faso, peuplé de quelque trois millions d’habitants, deux districts (environ un demi million d’habitants chacun) sont en manque criant d’un accès permanent à des soins de santé. En effet, en 2000 la région sanitaire de Hauts Bassin comptait deux districts sur cinq ne disposant pas de centre médical avec antenne chirurgicale (CMA).

Mais la communauté et le gouvernement se prennent en mains. Ils montent un projet de développement sanitaire, contactent des donateurs. La BAD est du nombre. Des négociations s’engagent, et se concluent avec succès.

Un site est identifié et un projet démarre, à Bobo-Dioulasso, en 2001. Finalité : améliorer l’état de santé de la population. Ses objectifs : améliorer l’accès et la qualité des services de santé, réduire la mortalité, renforcer les capacités institutionnelles du secteur de la santé au niveau régional et national. Budget : 10 milliards de francs CFA, soit environ 25 millions d’UC.

Un projet fort bien mené, reconnaît François RAMDE, Coordonnateur du projet. De la formation, médicale et administrative, est prodiguée. Et un centre de santé , de 26 bâtiments émerge, et est mis en exploitation, depuis mars 2006.

Il couvre la chirurgie, la gynécologie, la pédiatrie, l’anesthésie, avec laboratoires et services d’hospitalisation, deux salles d’opération, sans compter les services annexes (buanderie, cuisine). En tout, 80 personnes y oeuvrent en permanence, dont trois médecins, et font tourner un hôpital qui tourne 24h sur 24, tous les jours de l’année.

« La mise en place de ce centre de santé est un très grand soulagement », dit François DRABO, Directeur régional de la santé des Hauts Bassins. Si le projet a été un succès, c’est en partie du fait que toutes les parties prenantes, y compris les bénéficiaires potentiels, ont été consultées tout au long du projet. Il y a eu en effet un partenariat permanent et diversifié. Tous ont pu exprimer leurs avis, préoccupations, et suggestions. »

Depuis, l’hôpital est des plus actifs. Qu’on en juge : 350 à 400 accouchements par mois ; 25 à 30 bénéficiaires par jour, pour des consultations diverses ; environ trois interventions chirurgicales quotidiennement, et plus de 6 000 analyses de laboratoire par an, mentionne Dr Tatianna KOUSSOBE, Directrice du CMA.

Des besoins qui en appellent à une expansion. Heureusement, le projet initial, prudent, a prévu une extension, sur le site actuel. On voudrait y ajouter des services d’imagerie médicale, d’ORL, d’ophtalmologie, entre autres. Les plans et devis sont prêts. Il ne manque que le financement.

Bref, une belle aventure, qui ne demande qu’à se poursuivre, pour le mieux être des habitants de la région.

Un magazine bukinabé pour renforcer la voix des femmes

Site web, Banque africaine de développement, octobre 2008

Malgré le fait que la promotion du rôle de la femme soit explicitement reconnue comme un pilier du développement des sociétés africaines, la voix des femmes est encore trop peu entendue sur le continent africain. Heureusement, certaines s’activent pour faire davantage écho à la présence des femmes. C’est le cas de Khadidja Touré, fondatrice et directrice de publication du magazine Femme idéale, publié au Burkina Faso.

A travers ce produit d’information mensuel, existant depuis trois ans, publié en français et tiré à 3 000 exemplaires, Khadidja Touré combine son amour du journalisme et sa conviction relativement au rôle central des femmes pour réussir le pari du développement.

Question : Comment vous est venue l’idée de fonder ce magazine ?
Kahdidja Touré (KT) : Ce magazine est né d’une initiative de Femmes de la Communication, un organisme féminin du milieu des médias au Burkina Faso. Les membres ont constaté l’absence dans notre pays de support médiatique dédié aux enjeux propres des femmes et l’intérêt d’en développer un pour soutenir leur rôle dans le développement du Burkina Faso.

Q : Et quelle est sa vocation ?
KT : Nous visons à montrer des exemples de réussite de la femme, et ceci pour contribuer à l’avancée du Burkina Faso et de l’Afrique en général. En premier lieu, nous voulons sensibiliser la femme sur la place qui lui revient, pour qu’elle prenne conscience des possibilités qui lui sont offertes de s’épanouir dans son milieu de vie. En deuxième lieu, nous visons des changements de comportement, afin que la femme agisse en faveur de son épanouissement, de la réalisation de son plein potentiel.

Nous voulons montrer que les femmes peuvent se prendre en mains et réussir dans leur carrière, sans renier leur rôle familial. Nous parlons ainsi de sujets sensibles, comme les mariages précoces, les mariages forcés, qui doivent être soulevés pour amener des changements progressifs dans notre pays.

Q : Quels sont les grands défis que vous rencontrés ?
KT : Certes, un des grands défis est lié à l’alphabétisation. Notre magazine est publié en français et les femmes doivent comprendre cette langue pour lire notre produit. Cette problématique est particulièrement vraie en zones rurales. C’est pourquoi nous développons un projet d’alphabétisation en zones rurales, afin que les messages diffusées dans notre magazine puissent atteindre les femmes dans ces régions.

Q : Et les hommes, comment réagissent-ils à l’existence de ce magazine ?
KT : Bien sûr, certains raillent notre existence, mais cela ne nous dérange pas trop, car nous savons pourquoi nous sommes là, nous sommes convaincues de la légitimité de notre cause, qui dépasse celui des femmes et s’inscrit dans le registre du bien commun. Nous avons entre autres un appui financier de l’Etat, qui reconnaît ainsi la validité de notre mission.

Q : Et quelle est-elle, la femme idéale en Afrique ?
KT : La femme idéale existe en chacune des femmes, c’est une femme qui a quelque chose à apporter, à sa famille, à ses proches, à la société. La femme idéale, c’est celle qui veut s’épanouir et partager.

Propos recueillis à Ouagadougou.