Le français, je le connais par coeur

Le Continuum, 14 avril 1986

Cri d’alarme : les jeunes universitaires ne savent plus écrire. Ils ont une maîtrise fort sommaire de la langue française, qui n’est pas compensée, comme plusieurs pourraient le souhaiter, par une connaissance solide d’une langue seconde, en l’occurrence l’anglais.

Pour la première fois depuis 20 ans, le Québec est en pleine remise en cause de son système éducatif.

Les plaintes sur les déficiences de l’éducation au Québec se sont multipliées ces dernières années.

Les États généraux sur l’éducation au Québec ont été, en fait, le point culminant de cette vaste entreprise de réflexion. Pour l’observateur étranger à ce genre de débat, cette ébullition des intervenants dans le secteur de l’éducation a de quoi laisser un peu indifférent.

Or, pour tous ceux qui, de près ou de loin, sont confrontés à des tâches d’enseignement, le besoin de remanier notre système éducatif est apparu comme une nécessité évidente.

Ma contribution à ce débat est modeste. Je ne peux que rapporter mon expérience personnelle. Depuis deux ans, j’ai assumé quatre postes d’auxiliaire d’enseignement. Rien ne m’a plus exaspéré que la piètre qualité de l’écriture, généralisée parmi les étudiants.

Que ce soit au niveau de l’orthographe, ou de la syntaxe, les nombreuses fautes relevées au cours des corrections sont à conserver au musée de l’horreur et j’en aurais pour des heures à relater l’exaspération que m’a valu la lecture de plusieurs travaux.

Et pourtant ! Si les étudiants savaient combien il y a une relation directe entre la qualité de l’écriture et la qualité d’un travail. Un bon travail est toujours un travail bien écrit.

La langue est l’outil de l’intellectuel et celui qui ne peut la manier correctement se compare au menuisier incapable d’utiliser son marteau et sa scie.

Tout ne se réduit pas toutefois à la question du langage. Outre l’absence de curiosité et le refus d’entreprendre des efforts supplémentaires, qui sont le lot de la majorité, les déficiences de maints étudiants sur le plan des connaissances générales sont édifiantes, notamment en histoire et en géographie.

Bien souvent, la tâche d’un moniteur n’est pas de débattre d’un sujet polémique avec les élèves, mais de leur apprendre banalement les capitales des principaux pays d’Europe !

Certes, ces commentaires peuvent paraître impressionnistes, et certains pourraient leur reprocher leur caractère trop personnalisé et dramatique. Ils traduisent cependant une réalité : notre système éducatif, comme plusieurs le soutiennent, forme des étudiants qui même au faîte de leur étude, souffrent de carences majeures.

À travers les États généraux sur l’éducation, il est encourageant et réconfortant de constater que les intervenants dans le secteur de l’éducation au Québec ont reconnu le problème et qu’ils tenteront d’y apporter des solutions.

Les commentaires sont clôturés.