Science politique : des changements s’imposent

Polémique, 7 avril 1986

Les effets de la crise économique apparaissent maintenant avec de plus en plus de netteté : de nouvelles approches se sont forgées, de nouvelles attitudes se sont imposées. Les écoles de commerce accueillent maintenant des transfuges des départements de philosophie et de théologie qui rêvent de se hisser dans le cercle « bon chic bon genre » des « yuppies » (Young Urban Professionnals). La vérité n’appartient plus aux syndicats, mais aux gens d’affaires. Le vent a tourné et gare à ceux qui ne suivent pas la vague : ils seront les vestiges d’une époque révolue.

Si notre département entend ne pas se poser comme objet d’étude pour les médiévistes et les archéologues, il ne peut se démarquer complètement de ce courant d’idées qui répond à des besoins de la jeunesse québécoise. Autant pour les étudiants que pour les professeurs, il y a donc nécessité de faire des changements, de rectifier le tir et de répondre avec plus d’acuité aux nouvelles orientations qui se font valoir auprès de la nouvelle génération.

Pour les étudiants, il s’agit de repenser le type de militantisme pratiqué depuis plusieurs années. Nombreux sont ceux qui remettent en cause le fonctionnement actuel de l’Assemblée générale. Les plus expérimentés ont remarqué depuis longtemps que l’intelligence n’y a pas force de persuasion. Combien de fois avons-nous assisté au triste spectacle d’étudiants ne connaissant absolument rien aux dossiers s’attirer la faveur de la majorité grâce à une performance oratoire où le flamboyant, voire le ridicule, l’emporte sur la qualité de l’argumentation. Certaines associations ont déjà réévalué les anciennes modalités du militantisme étudiant et il serait pertinent de profiter de ces nouvelles expériences.

D’autre part, les représentants étudiants, plusieurs l’ont compris, doivent porter davantage leur attention sur la réalisation d’actions concrètes ayant des incidences pratiques pour l’ensemble des étudiants. Il ne s’agit pas de négliger la défense des dossiers à portée plus générale et de principes qu’il faut sans cesse défendre : nous pensons ici à la représentation étudiante aux structures universitaires.

Cependant, la mobilisation étudiante sera d’autant plus efficace que les débats tourneront autour de problèmes concrets, tels les programmes de cours et l’ouverture d’un café-étudiant. De cette manière, l’implication au sein de l’association et des structures deviendra plus stimulante.

Le défi le plus lourd de conséquences devrait toutefois être assumé par les professeurs. Le nouveau directeur aura, à cet égard, un rôle majeur à jouer. Il tentera, sur les séquelles du rapport Lacroix, de rehausser le profil du département au niveau de la recherche, ce qui constitue en soi un but valable et profitable.

Cet objectif ne doit pas aller à l’encontre de l’enseignement. Si elle peut paraître émasculée, cette revendication, les profs doivent le savoir, est fondamentale. L’étude récente du Conseil Supérieur de l’Éducation (« Apprendre pour de vrai… ») donne des signaux sans équivoque : les étudiants ne sont pas satisfaits de l’éducation qu’ils reçoivent.

Après l’obtention des crédits pour un cours, ils ne sentent pas qu’ils maîtrisent correctement la matière. Ils souffrent d’un manque d’encadrement et, surtout, ils ne se sentent pas suffisamment stimulés. Les professeurs, disent les étudiants, n’exploitent pas assez leurs capacités de travail et d’apprentissage. Ils aiment intégrer des notions aux applications concrètes. De ce fait, ils demandent aux professeurs de donner des exemples lors de leur enseignement. En outre, la qualité de leur apprentissage dépend de la qualité de l’enseignement donné par le professeur.

Voilà une vérité transcendante, que tous ont pu expérimenter y compris les enseignants eux-mêmes. Elle devrait être une source de motivation constante pour les professeurs dont plusieurs, cela dit poliment, offrent un enseignement peu dynamique.

Certes, le blâme ne doit pas être porté par les professeurs entièrement. Bien des étudiants ne sont pas à leur place dans un département de science politique, et les déficiences de quelques-uns, notamment au niveau de l’écriture, décourage professeurs et moniteurs. Cependant, la fameuse recherche de l’excellence doit provenir avant tout des professeurs, qui sauront, par leur enseignement encourager l’étudiant à faire davantage contribuant ainsi à revaloriser le diplôme en science politique à l’UdeM.

Nous n’avons malheureusement pas la place de discuter de tous les aspects relatifs aux modifications qui devraient, selon nous, être entreprises au sein de notre département. Nous n’avons pu aborder par le programme de cours qui devrait mettre plus l’accent sur l’acquisition de notions historiques, économiques et méthodologiques. Un comité formé de professeurs et d’étudiants pourrait être constitué pour se pencher sur ces problèmes et, pour ajouter foi à cette recommandation, l’auteur de ces lignes, même s’il complète sa formation, serait le premier à se poser candidat dans un tel comité de travail.

Les défis à affronter sont importants, autant pour le directeur du département, que pour les professeurs et les élus étudiants. De leur volonté commune à répondre à ces nouveaux engagements dépend la qualité du diplôme en science politique et l’adéquation de cette formation aux besoins actuels des étudiants et du marché du travail.

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