Paix aux peuples

Le Continuum, 17 mars 1983 – Éditorial

SELON un rapport des Nations Unies, l’arsenal nucléaire mondial actuel contiendrait l’équivalent de 3 tonnes de T.N.T. pour chaque être humain sur la planète. En terme quantitatif, de 40 à 50 000 armes nucléaires sont installées en permanence sur la terre.

Une seule erreur humaine, une malencontreuse panne d’ordinateur, un simple accident, suffirait à lui seul à déclencher une conflagration qui pourrait s’avérer globale, et donc finale.

Telle est notre réalité de tous les jours. Ce sont également certaines des raisons qui poussent des gens à descendre dans les rues pour exiger le désarmement, le démantèlement de ces armes d’extinction totale.

De leur côté, les gouvernements occidentaux et ceux des pays de l’Est, face à ce soulèvement qui prend la forme d’un véritable mouvement de fond, se sont engagés dans un interminable débat technique et statistique pour démontrer au reste du monde que c’est l’autre qui est le véritable responsable de la poursuite effrénée de la course aux armements.

En réalité, lorsqu’on a le pouvoir de détruire la population adverse des dizaines de fois, lorsque seulement quelques sous-marins nucléaires peuvent éliminer complètement un pays de la carte, parler d’une « supériorité », réelle au hypothétique, fait oublier, dès le départ, le danger que représente l’existence de l’armement nucléaire sur Terre.

Les armes nucléaires, et tout le climat psychologique malsain qu’elles créent entre l’Est et l’Ouest, font exactement le contraire de ce pour quoi elles avaient été développées, soit renforcer la sécurité. Bien au contraire, ces armes, qui sont les premières à profiter des progrès technologiques, diminuent la sécurité et font grandir la suspicion, la peur, en un mot, l’insécurité.

L’été dernier, l’échec, à New-York, de la 2e session spéciale de l’ONU sur le désarmement prouve largement que le désarmement nucléaire ne pourra venir des seuls dirigeants. Les mouvements pacifistes, les organisations populaires et progressistes ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes. En s’organisant et en tentant de créer des liens, ils sont à même de sensibiliser les diverses communautés sur le danger très réel, et non pas imaginaire, qui secoue la planète depuis 40 ans.

Qui mieux que l’ancien président Einsenhower peut nous le rappeler et nous signaler l’importance de l’opinion publique dans cet effort de désarmement: « Les populations, à long terme, feront plus pour promouvoir la paix que les gouvernements. En fait, je crois que les populations veulent tellement la paix qu’un de ces jours les gouvernements feront mieux de s’enlever de leur chemin et de leur laisser l’avoir. »

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