Aventure d’un marathonien

Sud Sports et Loisirs, octobre 1981

Il est 7:30 heures le 13 septembre 1981 et je me retrouve avec un copain coureur, dans le chalet de l’île Ste-Hélène (Longueuil) pour le marathon de Montréal.

Comme tous les athlètes, je prête une attention minutieuse aux préparatifs de la course, en me saupoudrant généreusement tout le corps de divers produits qui doivent m’éviter une foule de petits problèmes durant la course.

En voyant tous ces coureurs, on saisit l’ampleur du « combat » qui va s’engager. D’emblée je me sens intimidé face à tous ces adeptes de ce simple sport qu’est la course à pied. Je regarde tout le monde : qu’ils ont l’air confiant et sûr d’eux-mêmes. Je n’arriverai jamais à devancer un seul d’eux !

Mais je me ressaisi rapidement :  » Voyons-donc ! Entrainement depuis des mois, une course à tous les jours, pourquoi je n’y arriverai pas ?  »

À 8 heures, je débute mes exercices de réchauffement.

Puis, l’heure fatidique arrive.

Je me remémore les conseils d’un ami spécialiste, pour qui on doit absolument maintenir son propre rythme durant le marathon, principalement au début. « Porte des visières. Ne te préoccupe pas des autres. Sans cela, à 15 km, tu vas craquer. »

Au départ, sur le pont Jacques-Cartier, l’excitation me gagne. Un été de sacrifices et de privations pour ce jour ultime, pour cette course que je débuterai, dans un instant. Je n’avais jamais connu une telle sensation ! La joie d’apprécier les moments d’attente sur le pont, doublé du goût irrésistible de commencer l’épreuve.

À 9:20 heures, c’est le grand départ. Un départ pour une aventure tellement intense qu’il est impossible d’en saisir toute la richesse dans un simple article de journal!

En fait, n’en déplaise aux néophytes, seuls les marathoniens peuvent comprendre. Il semble en effet exister une complicité entre les coureurs, impossible à saisir pour ceux qui n’ont jamais mis leur corps et leur esprit à une épreuve aussi rude qu’un marathon.

Le public présent sur tout le parcours du marathon est un atout majeur, voir capital. Les 25 premiers kilomètres sont assez faciles à franchir et ce, pour une seule raison: les encouragements du public. Cela semble doubler mon énergie.

Par contre, et tel que prévu, au 30-32e km, le corps abandonne. Même s’il ne reste que 2 km, cette distance apparait infranchissable…

À cette étape, impossible ou presque de dire ce que l’on ressent : physiquement, la douleur aux jambes devient intolérable.

À un demi km de l’arrivée, il reste malgré tout assez d’énergie pour un sprint final. Soutenu par les spectateurs, je n’ai plus qu’une une idée, fixe : finir !

Le temps à l’arrivée : 3:45 mn, 29 sec, soit 45 minutes de moins que mon objectif.

La cause : l’ambiance fraternelle, formidable qui a régné, absente, bien sûr, lors d’un entraînement.

L’aventure est donc terminée. Demain, je ne serai pas en première page. Par contre, j’ai le sentiment d’être un athlète. Comme tous ces 10 000 coureurs, je suis enrichi d’une aventure, inoubliable.

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