Egalité des chances. Un potentiel unique

Magazine Courants, mars-avril 1989

Sans les femmes, les entreprises se privent d’une richesse et d’un potentiel uniques. L’apport des femmes au développement économique et social n’est plus à prouver, mais les femmes n’ont, malgré tout, que très peu de visibilité. Pour aider à corriger cette situation, la Chambre de commerce de Montréal a créé le service Accès 51 en mars 1987. La rencontre annuelle d’Accès 51 a été tenue le 5 avril à Montréal. Près de 200 femmes y assistaient.

Le but d’Accès 51 : « assurer aux femmes, qui représentent 51 % de la population québécoise, une participation accrue aux centres de décision de notre société.

Plus d’excuse
La Chambre de commerce offre donc aux entreprises et organismes des noms de candidates qualifiées pour siéger à des conseils d’administration, à des comités consultatifs, pour participer à des commissions gouvernementales ou encore pour prononcer des conférences.

Une banque de candidates a été dressée. La Chambre communique à tout requérant les dossiers des candidates, dont le profil répond le mieux aux exigences de la demande. Plus d’excuse, donc, aux entreprises qui disent ne pas trouver de candidates pour justifier l’absence de femmes au sein de leur direction.

« Le plus grand mérite d’Accès 51, déclare Michel Blais, vice-président, Personnel de l’exploitation, Hydro-Québec, invité à la rencontre, a été d’éliminer l’excuse toute prête et combien facile, que plusieurs d’entre nous utilisions à la moindre occasion: « Nommer une femme à ce poste, je veux bien, mais si vous trouvez une candidate », entendait-on trop souvent. Accès 51 les a pris au mot et a déniché et recruté des femmes capables d’assumer des responsabilités dans différents secteurs. »

La banque d’Accès 51 contient actuellement 530 noms. Depuis deux ans, 65 femmes ont pu accéder à des postes officiels ou ont été invitées à participer à divers événements. La présidente d’Accès 51 pour l’exercice 1988-1989, Birgitte Scheel, qui est vice-présidente et trésorière au Montréal Trust, explique que le service poursuit trois objectifs. Le premier est de consolider la banque de candidates, afin de répertorier les femmes qui occupent des postes intermédiaires et seniors au sein des grandes entreprises.

Le deuxième objectif est de permettre aux candidates de se connaître et de se rencontrer. Enfin, le troisième objectif est de promouvoir le service Accès 51 auprès du secteur privé.

Un plus grand rayonnement
Louise Roy, PDG de la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal (STCUM), explique que le service Accès 51 permet de pénétrer les réseaux d’influence. À ce titre, les sociétés publiques et parapubliques doivent donner l’exemple au secteur privé. « Il est de la responsabilité des dirigeants d’entreprises publiques de donner le ton, de préparer la relève, d’ouvrir aux femmes leurs réseaux, de convaincre et de passer à l’action, afin de donner aux femmes une voix aux postes de direction. Comme firme publique, il est normal que nous soyons le miroir de la société que l’on dessert.

« La STCUM, ajoute Louise Roy, est une des premières entreprises du Québec à s’être fixé des objectifs quantitatifs pour permettre aux femmes d’accéder à des fonctions non traditionnelles. Un plan d’accès à l’égalité prévoit notamment que 40 % des emplois non traditionnels devront être comblés par des femmes.»

Radio-Québec entend également se doter d’un plan d’accès à l’égalité pour métiers non traditionnels, mentionne Françoise Bertrand, présidente. Elle admet qu’il s’agit d’un outil fort efficace pour accroître la visibilité des femmes dans le milieu des affaires … et pour changer les mentalités.

Ce que reconnaît Serge Godin, président de la Chambre de commerce de Montréal : « Ce que nous avons à vivre, c’est une véritable révolution des attitudes. Cela demande du temps, certes, et un grand travail de sensibilisation auprès des entreprises. »

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