Média et islam : les journalistes font de leur mieux, estime la FPJQ

Le Devoir, 3 avril 1989

S’il existe dans le public une image à déformée de l’islam, on ne peut en imputer la faute aux médias, soutient Réal Barnabé, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, FPJQ. M. Barnabé participait vendredi dernier à une conférence sur l’image de l’islam et des musulmans dans les médias, organisée par le centre maghrébin de recherche et d’information et qui s’est tenue à l’université de Montréal.

Les journalistes font parfois des erreurs d’interprétation et de perspective, estime M. Barnabé, « mais on ne peut les accuser d’intention malicieuse et de présenter volontairement une image négative de telle ou telle réalité ».

Le président de la FPJQ répondait aux assertions de Mme Fatima Houda-Pépin, présidente du CMRI, qui a accusé les journalistes de généralisation abusive envers l’islam. « L’islam est présenté comme une religion vindicative, qui lapide la femme adultère et qui coupe les mains aux voleurs ». Selon Mme Houda-Pépin, très peut de journalistes s’éloignent des stéréotypes et des préjugés à l’égard de l’islam et présentent les événements dans leur contexte. « Ceux qui le font sont soit marginalisés à l’intérieur de l’appareil médiatique, soit carrément réprimandés ».

Mme Houda-Pépin a cependant longuement loué le journal Le Devoir qui, au cours de l’affaire Rushdie, « s’est gardé de publier des informations farfelues, de faire des manchettes à sensation avec des gros titres et des images chocs. Le Devoir est l’un des rares quotidiens à avoir plaidé en faveur de la modération », a dit Mme Houda-Pépin, en citant l’éditorial de Jean-Claude Leclerc du 27 février dernier.

Présent à la conférence comme spectateur, M. Youssef Mouammar, président de la Fédération internationale islamique du Québec, s’est dit quant à lui satisfait de la couverture de l’affaire Rushdie dans les médias du Québec. Interrogé en marge de la conférence, M. Mouammar a déclaré que « les médias n’ont pas traité cette affaire différemment de la violence dans le métro ou du procès de Pierre Lacroix. La communauté musulmane a eu l’opportunité de s’exprimer et d’expliquer son point de vue à la population. Je comprends d’ailleurs mal pourquoi l’on fait aujourd’hui une conférence pour dénoncer l’attitude des médias envers l’islam », a dit M. Mouammar.

Quant à Mme Juanité Westmoreland-Traoré, présidente du Conseil des communautés culturelles et de l’immigration, elle a condamné l’absence d’information sur les communautés culturelles dans les médias « Les minorités ethniques ne sont présentées qu’à travers des situations de crise. On ne traite pas de l’apport des communautés culturelles dans nos sociétés. Le problème ne vient pas seulement de ce qui est projeté dans les médias, mais surtout ce qui ne l’est pas. » Pour corriger cette lacune, Mme Westmoreland-Traoré recommande d’accroitre la présence de membres de communautés culturelles au sein des médias, particulièrement dans les chaînes publiques, par le biais de programmes d’accès à l’égalité.

M. Amyn Mohamed Saijoo, professeur de droit comparé à l’université McGill, s’en est pris à la vision dichotomique véhiculée dans la presse entre un monde occidental champion de la liberté d’expression et un islam conformiste et coercitif. L’affaire Rushdie a été selon le professeur une preuve manifeste de l’incompréhension du monde occidental envers la tradition culturelle musulmane et du peu de cas que l’on fait de la sensibilité des communautés musulmanes vivant en Occident.

La conférence a aussi été l’occasion pour le CMRI de décerner pour la première fois le prix MIM (Médias Islam et Musulmans) pour le meilleur programme de télévision sur l’islam. C’est l’émission Nord-Sud qui a remporté le prix pour un documentaire sur l’Afghanistan diffusé sur les ondes de Radio-Québec.

Les commentaires sont clôturés.