Véritable glasnost dans l’information internationale

Le Devoir, le 11 avril 1988

La transparence (glasnost) en URSS ne touche pas seulement les problèmes internes mais déborde largement dans le domaine de la politique étrangère. Les autorités soviétiques permettent, non seulement les débats en relations internationales, mais les encouragent au sein des médias. C’est du moins ce qu’estime Vladimir Peresada, journaliste spécialisé sur les questions de relations internationales à la Pravda le quotidien du Parti communiste.

Le journaliste soviétique participait à une conférence organisée par l’Université du Québec à Montréal, jeudi dernier.

Selon M. Peresada, tous les sujets auparavant censurés sont maintenant ouverts à l’analyse critique. « Il y a à peine quelques années, plusieurs zones étaient fermées à toute forme de contestation. Maintenant, le Parti recommande aux journalistes de traiter de toutes les informations internationales qu’ils jugent nécessaires d’examiner, et ce sans restriction », affirment-t-il.

La presse soviétique connaît depuis deux ans un regain d’intérêt grâce à la diversité des sujets abordés. On écrit sur tout et très souvent de façon critique. Même les problèmes sur les nationalités ont souvent été traités avec plus d’objectivité comme le démontre la couverture des évènements en Arménie et dans les républiques caucasiennes.

Les grandes orientations de la politique étrangère soviétique demeuraient taboues jusqu’à tout récemment. Toutefois, la guerre en Afghanistan a changé bien des choses. L’ouverture a commencé par les récits des soldats soviétiques traumatisés par la guerre afghane. Le public a réagi en protestant contre le conflit et en réclamant une solution rapide.

Certes, la critique est permise, mais elle doit cependant être constructive, soutient le journaliste. Si certains rédacteurs ont peine à surmonter les vieux réflexes d’autocensure qu’ils s’étaient imposés au cours des années, d’autres pêchent toutefois par aventurisme. Ils critiquent tout ce qui a été accompli par le passé, sans offrir des solutions pour l’avenir.

De telles attitudes ne s’inscrivent pas dans la voie tracée par la politique d’ouverture, pense M. Peresada. Il convient, d’après lui, d’adopter une approche réaliste. Il ne faut pas seulement critiquer, mais identifier les obstacles à surmonter et proposer une perspective à suivre en politique extérieure.
Quels sont les sujets privilégiés des journalistes spécialisés en relations internationales ?

Sans contredit, le thème de la paix, répond-t-il. Pendant de longues années, la direction politique soviétique était peu encline aux compromis avec les Américains. « Depuis peu, nos dirigeants se sont aperçus qu’il était impossible de vivre à notre époque sans mettre fin à la menace de la guerre nucléaire », poursuit M. Peresada.

« L’objectif principal est d’éliminer cette menace. Les journalistes s’emploient à mettre de l’avant des propositions concrètes pour raffermir la paix et, depuis l’ouverture, ils en parlent à leur aise », mentionne-t-il.

Ces discussions autour de la politique internationale soviétique visent cependant à la consolidation du socialisme. M. Peresada insiste pour dire que l’Union soviétique continuera à jouer son rôle de pays progressiste dans le concert des nations, mais maintenant avec plus de pragmatisme et de clairvoyance.

Les commentaires sont clôturés.