Le commerce mondial des armes

Le Continuum, le 7 mars 1983

Les dépenses militaires ont plus que triplé dans le monde depuis 1949. À ceux seuls, les États-Unis et l’Union soviétique en particulier, ainsi que la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne de l’Ouest contribuent à pas moins de 75 % des dépenses militaires mondiales, à 90 % des exportations militaires, à 95 % des exportations d’armes vers le Tiers-Monde et de 96 à 97 % des dépenses mondiales de recherche-développement à des fins militaires.

En 1979, un total de 446 milliards de dollars américains, soit plus d’un milliard de dollars par jour selon les chiffres généralement conservateurs du SIPRI (Institut international de recherche pour la paix de Stockholm), qui ne tiennent pas compte de la vente de pièces d’armement-ont été consacrés aux dépenses militaires, contre 500 milliard en 1980 (dont une part de 43 % à l’OTAN, 24 % allant aux États-Unis, et 26 % pour le pacte de Varsovie, dont 24 % à l’URSS et 16 % pour le Tiers-Monde).

C’est surtout depuis la Deuxième Guerre mondiale que l’effort militaire a pris un essor fabuleux. Ainsi, entre 1950 et 1970, une moyenne de 7 % du PNB mondial a été utilisée pour l’achat de matériel militaire. Depuis la dernière guerre mondiale, c’est 6 000 milliards de dollars (le PNB du monde entier en 1975) qu’a coûté cette course aux armements. En outre, il est possible d’avancer qu’à l’heure actuelle, près de 100 millions d’individus dépendent, de près ou de loin, des activités militaires, qui génèrent des budgets globaux atteignant les 500 milliards de dollars américains.

Dans le domaine de la recherche et du développement, on estime à pas moins de 336 milliards les montants dépensés, entre 1960 et 1977, pour ce secteur. En 1981, sur 150 milliards consacrés à la recherche-développement, 35 milliards ont été utilisé pour la recherche à orientation militaire.

Selon un rapport publié par l’ONU en 1977, 40 % de toutes les dépenses de recherche-développement depuis 1945 l’ont été à des fins militaires, et maintenant, environ 25 % du personnel scientifique mondial travaille dans le secteur militaire. Les chercheurs des pays industrialisés utilisent des moyens techniques et scientifiques environ dix fois supérieurs à ceux existant dans le Tiers-Monde.

De plus : « La consommation mondiale d’hydrocarbures liquides à des fins militaires (à l’exclusion des produits pétroliers servant à la fabrication d’armes et de matériel) serait de 700 à 750 millions de barils par an, soit le double de la consommation annuelle de toute l’Afrique et approximativement 3,5 % de la consommation mondiale.

D’autre part, 10 milliards de dollars (en prix constant de 1975) ont été investis dans le secteur des importations d’armes, entre 1950 et 1959, contre environ 20 milliards entre 1960-69, pour s’accroître brusquement à 60 milliards entre 1970 et 1979. Entre 1977 et 1980, ce sont les pays du Tiers-Monde qui ont importé le plus d’armes (70 % du total des importations).

Enfin, la militarisation, loin de s’atténuer, prend une proportion de plus en plus considérable. Entre 1977 et 1980, les dépenses militaires dans le monde ont augmenté de 25 %. Avec la venue du président Reagan, les budgets militaires, aux États-Unis comme dans le reste du monde, pourraient s’accroître encore plus, de manière inconsidérée :

« En 1981, le gouvernement Reagan a annoncé une croissance des budgets militaires américains de 40 % par an pour permettre de doubler en 5 ans les dépenses militaires pour en porter le total à 1 600 milliards ou 1,6 trillion comparativement à 780 milliards de dollars entre 1976 et 1981. »

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