La reconnaissance, préalable à la paix

Le Continuum, 14 mars 1983 (avec Dominique Arel)

EN JUIN 1982, commence au Liban la cinquième guerre du Moyen-Orient, depuis la création de l’État d’Israël en 1948. Après les guerres de 1949, 1956, des Six Jours (1967) et du Yom Kippour (1973), la guerre du Liban est de nouveau venue concrétiser l’affrontement brutal entre deux communautés dont les positions semblent, de prime abord, irréconciliables.

Le conflit met en présence deux communautés : l’une juive, l’autre, palestinienne. Toutes deux mettent de l’avant leur droit légitime de vivre sur une même terre, la Palestine. Pour résoudre la question, il ne peut y avoir que deux solutions : l’acceptation mutuelle ou la destruction mutuelle.

En fait, il n’est pas possible de comprendre le problème sans faire un retour sur les événements historiques qui ont marqué l’évolution du conflit. Le refus obstiné des États arabes, et d’une bonne partie de la communauté palestinienne, de reconnaître l’État d’Israël est une conséquence directe de la violence morale qu’ils ont subie

Rappelons les nombreuses promesses non respectées qui leur ont été faites: promesse MacMahon, accords Sykes-Picot.

En outre, historiquement, les Palestiniens n’ont jamais été véritablement représentés. Leur désorganisation politique a fait en sorte que ce sont les États arabes de la région qui se sont chargés de parler en leur nom.

Ce n’est qu’en 1968, lors de la création de l’OLP, qu’une organisation s’est affirmée comme étant le seul représentant légitime des Palestiniens. Ainsi, n’ayant jamais été véritablement consultés, les Palestiniens ne reconnaissent aucun plan de partage ni aucune proposition antérieurement soumise.

De leur côté, le Juifs ont toujours eu une voix pour participer aux négociations concernant leur éventuel statut politique, et ce par l’intermédiaire de l’Organisation sioniste et de l’Agence juive. Toutefois, les différents mandataires n’ont toujours satisfait que partiellement aux revendications des Juifs et cela quoique ceux-ci aient, à chaque fois, accepté les décisions qui les concernaient.

Selon les Arabes, le doublement et même le quadruplement de la superficie d’Israël depuis 1948 prouve que cet État est impérialiste, qu’il ne cherche qu’à s’étendre et à annexer le plus de territoires possible. Selon les Israéliens, l’agrandissement des territoires sous le contrôle de l’État hébreu n’est qu’une réaction au harcèlement constant des pays arabes limitrophes. Ainsi, tous les territoires conquis depuis 1948 sont ceux d’où provenaient les attaques répétées et incessantes contre les populations juives dans ces régions.

En fait, le problème du Moyen-Orient n’est pas en premier lieu un problème de territoire, mais en bonne partie un problème de reconnaissance mutuelle des droits des deux peuples à habiter la même terre. À partir de ce constat de base, tous les autres problèmes deviennent connexes. Toute solution équitable ne peut passer que par cette reconnaissance. Tant que ce processus fondamental n’aura pas été réalisé, aucune solution juste du conflit ne peut être sérieusement et honnêtement envisagée.

Jusqu’à maintenant, un seul État arabe, l’Égypte a reconnu, de jure, en 1978, l’État d’Israël. Cette reconnaissance ne s’est pas faite sans compromis. L’Égypte réclamait territoire du Sinaï pris par Israël lors de la guerre de 1967 ; pour sa part l’État hébreu a du rétrocéder un territoire pour lequel il avait investi plusieurs milliards de dollars ; et ce en dépit des pressions innombrables de religieux juifs refusant de se départir d’un territoire appartenant au « Grand Israël ». Cependant l’État israélien a obtenu de son ancien adversaire la reconnaissance internationale et l’établissement d’échanges diplomatiques entre les deux pays.

Pour plusieurs observateurs, la clé de la solution réside d’une part, dans la reconnaissance par l’OLP de l’État d’Israël et par l’abandon de sa stratégie militaire. D’autre part, Israël doit être prêt à accepter l’établissement éventuel d’un État palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Cet État devrait être démilitarisé, afin d’éviter qu’il ne devienne une enclave militaire contre Israël.

La politique israélienne des colonies de peuplement, qui vise à l’implantation plus de 100 000 colons juifs en territoires occupés, suscite de sérieuses inquiétudes. Les dirigeants israéliens, et à sa tête le Premier ministre Menahem Begin, ont déjà déclaré qu’ils ne démantèleront jamais des colonies de peuplement, comme cela a été le cas du Yamit au Sinaï.

En, fait, si les leaders israéliens veulent, en définitive, annexer la Jordanie, l’État hébreu se retrouvera avec une majorité arabe, ce qui contreviendrait au fondement même de cet État, soit un État spécifique pour les Juifs.

Si ces même dirigeants veulent expulser éventuellement les Palestiniens vers la Jordanie, où la population est à 60 % palestinienne, Israël commettra alors un acte répréhensible et carrément inacceptable. En fait, si un État palestinien ne peut se créer qu’en Cisjordanie et à Gaza, la seule issue possible est l’existence d’une minorité juive dans le futur État palestinien démilitarisé.

Somme toute, les guerres du Moyen-Orient n’ont amené qu’une aggravation de la situation, particulièrement pour les réfugiés palestiniens.

Seule la voie dit compromis négocié -solution combien plus noble que le recours aux canons- peut conduire à un règlement équitable pour chacune des parties. Malgré, mais peut-être surtout, à cause de la complexité du problème, et en dépit des difficultés qui surgissent quand on veut franchement comprendre les mentalités qui se côtoient en cette région du monde, il nous semble, en tant qu’observateurs étrangers, qu’il s’agit là de la seule issue possible au conflit du Moyen-Orient.

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