Le développement électrique du Québec

Revue CHOC, février 2006

Les débuts de l’histoire de l’électricité au Ouébec s’identifient à un nom : J. A.l. Craig, un important fabricant de meubles francophone. Il est un des premiers à entrevoir le potentiel qu’offre l’électricité et entreprend de commercialiser.

Dès 1879, la lampe à arc, qui fonctionne par passage du courant électrique entre deux morceaux de charbon. Il en fait la production et, sur cette base, fonde la Phoenix Electric light Company. En manque de capitaux, sa société sera rachetée par la Royal Electric Company en 1885. Anecdote : son fils poursuivra dans le domaine et finira sa carrière à Hydro-Ouébec. Le premier siège social d’Hydro-Ouébec, situé sur ce qui est aujourd’hui la rue Saint-Antoine, à Montréal, sera d’ailleurs nommé Édifice Craig.

Le second personnage marquant de l’épopée de l’électricité au Québec est Herbert Samuel Holt. Membre du conseil d’administration de la Royal Electric, il devient président de la Montreal Gaz Company et fusionnera les deux entreprises. La nouvelle entité qui émerge sera la Montreal, Light, Heat and Power Company.

Entre-temps, la technologie évolue à grands pas grâce aux travaux de l’Américain Thomas Edison. La lampe à incandescente fait son apparition. Elle comporte un filament, un conducteur, où l’on fait passer un courant que l’on porte à incandescence, ce qui le rend lumineux: c’est l’ampoule électrique. S’appuyant sur cette technologie, il fonde à New York la General Electric Company.

Le développement électrique du Québec évolue par la suite principalement en fonction des besoins des grandes entreprises à la recherche d’un approvisionne ment fiable er1 électricité aux fins de leur production industrielle.

En l’absence de toute politique gouvernementale, on assiste entre 1900 et 1915 à une pénétration massive des capitaux américains. L’un des moteurs de ce développement est l’industrie papetière.

La Shawinigan Water and Power Company s’implante en Mauricie et met en service des centrales pour alimenter ses usines de pâtes et papier, qui approvisionnent de grands journaux américains. Trois·Rivières devientd’ailleurs le plus grand producteur de papier du monde et cette industrie esl alors le principal employeur du Québec.

L’après-Deuxièrne Guerre mondiale voit un accroissementimportant de l’exploitation desrichesses naturelles au Québec. Le secteur énergétique ne fait pas exception. En plus d’alimenter des usines fortes consommattices d’énergie, l’expansion démographique, la croissance urbaine et l’utilisation plus généralisée d’appareils électriques par les consommateurs amènent les entreprises de dis· tribution d’électricité à construire de nouveaux ouvrages : Beauhamois, sur le Sai nt-Lauren~ Bersimis, Rapide-2, Carillon.

Du côté de la politique, l’État s’affirme. Le gouvernement d’Adélard Godbout décide de nationaliser la Montreal, Light, Heat and Power Company et crée la Commission hydroélectrique du Québec (Hydro-Québec), en 1944.

Le gouvernement de Maurice Duplessis, dont le règne s’étend de 1944 à 1959, est marqué par le développement électrique en monde rural. Dans les régions les moins densément peuplées du Québec. C’est 46 coopératives qui prennent forme. Pendant ce temps, Hydro-Québec poursuit son développement, sans recourir aux ressources de l’État ni hausser ses tarifs.

Avec l’arrivée du Parti libéral du Québec au pouvoir en 196o, un vaste programme de réformes sociales se met en marche. C’est la Révolution tranquille. La pièce maîtresse : la nationalisation de l’électricitê. Le grand défenseur : René Lévesque, qui relaie les pensées d’un des chantres de cette idée, le docteur Louis-Philippe Hamel.

C’est sur cene idée que l’équipe de Jean lesage retourne aux urnes en 1962. Son dessein : apporter l’électricité à tous, à des tarifs uniformes et stables, les plus bas possible. Leur victoire est confortable. Le 1er mai 1963, Hydro-Québec, qui a pris possession de son nouveau siège social (l’actuel, sur le boulevard René-Lévesque, à Montréal), acquiert tous les actifs des sosociétés visées par la nationalisation et de 45 des 46 coopératives de distribution. Les grands projets de la société se réaliseront au complexe Manic-Outardes puis, après la nationalisation, aux Churchill Falls, et ensuite à la Baie James.

La suite fait partie de l’histoire récente : grâce à ses nombreux projets de développement, dont celui de la Baie-James de 1971 à 1986 sous l’inspiration de Robert Bourassa, premier ministre du Québec à l’époque, Hydro-Québec sera le fer delance du développement de toute une expertise en ingénierie, en financement, en environnementet en gestion. Les exploits techniques se succèdent, notamment les lignes à 735 kV, dont on célèbre cette année le 40e anniversaire de mise en service.

Le résultat est à l’avenant : en plus de 6o ans d’existence, Hydro-Québec a toujours connu la rentabilité, et plus de 40 ans après la nationalisation de l’électricité, elle s’avère encore un moteur de développement économique pour toutes les régions du Québec. Elle se positionne aujourd’hui en leader mondial en matière d’énergie renouvelable.

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