Nos marxistes…

Polémique, 29 mars 1982

Ils sont peu en nombre, mais pourtant ils sont partout. Dans nos cégeps, nos universités, dans nos syndicats, nos manifestations, les marxistes « durs », ceux qui n’ont pas décroché de Marx et de Lénine et qui prônent la révolution violente, ont pénétré tous les mouvements sociaux à travers tout le Québec afin de poursuivre le combat révolutionnaire contre les méchants bourgeois, et contre l’État, « rouage de notre exploitation ».

Et pourtant ce sont des gens intelligents. Le seul problème, c’est qu’ils sont complètement sortis d’une société qu’ils prétendent comprendre et qu’ils désirent transformer. L’objectif en soi est valable : l’égalité et la liberté, la fin des injustices sociales sont des idéaux nobles et humains…

Par contre, là où il est difficile de les suivre, c’est dans le simplisme étouffant dans lequel ils veulent nous embarquer. Prolétaire est autant celui qui gagne le salaire minimum à St-Henri que l’honnête fonctionnaire moyen au salaire double du premier.

Bourgeois est autant le propriétaire d’une usine de cinq employés que celui de la Banque royale. Entre l’étudiant prolétaire, le travailleur dans une « shop » de vêtement et le syndiqué du secteur public, il faut penser et demander si ce n’est pas trop exagérer que de faire quelques nuances.

Il faut bien comprendre. Ce n’est pas contre ce progressisme qu’il faut s’en prendre, c’est contre se forme la plus réactionnaire, celle qui perçoit une même et identique forme d’organisation politique entre la société des années 1880 et celle des années 1980, et qui applique une même praxis, soit la révolution armée et violente, issue en droite ligne d’un dogmatisme totalitaire et hermétique.

Dommage, car conscientisés sur l’exploitation et sur l’oppression, ils ne la perçoivent qu’en fonction d’un changement radical qui les empêchent de progresser et de se faire des alliés. Ce n’est pas en se lavant le cerveau sur le lumpenprolétariat québécois, en se divisant sur l’humeur du moment et en accusant le capitalisme si « la grosse dame d’à côté est enceinte » qu’ils avanceront dans leur lutte à mort contre le système, eux qui sont sûrement au surplus infiltrés jusqu’aux os par la GRC…

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