La perte d’emploi, une impossibilité

Magazine Courants, mars-avril 1989

Vous sortez de l’université en 1965. Quinze ans plus tard, en 1980, vous vous rendez à une rencontre de tous les anciens de votre promotion. Dans la majorité des cas, vos camarades travaillent depuis toujours pour la même entreprise. Leur employeur actuel aura été le premier et sera le dernier. Aucune anxiété, aucune peur de perdre son emploi et de voir son régime de vie régressée, même en période de ralentissement de l’activité économique.

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. La sécurité d’autrefois a disparu. Fusions et réorganisations d’entreprises amènent avec elles leurs lots d’employés relocalisés ou licenciés, même en période de boom économique. Cette réalité n’est pas sans conséquence sur la vie des cadres. Même s’ils ne sont pas menacés de perdre leur emploi à brève échéance, ils connaissent l’anxiété et le stress. Tel est le constat d’une étude de la psychologue Ethel Hoskin et de son assistante Chrisliane Loris-Guérin, du département de psychologie de l’Université de Montréal.

Les chercheures ont questionné 1 291 gestionnaires. L’élément le plus étonnant des résultats de cette recherche : ce qui cause le plus d’anxiété n’est pas la peur de perdre son emploi, mais l’éventualité d’une détérioration des conditions de travail. Mais la professeure Roskies soupçonne que, pour maints gestionnaires, la possibilité de perdre son emploi est si catastrophique qu’elle n’est même pas sérieusement envisagée. « Pour continuer de vivre confortablement dans une zone de turbulence terrestre, il peut être préférable de ne pas tenir compte des statistiques concernant les probabilités de tremblements de terre et de ses conséquences. » Façon de dire que, pour travailler normalement. plusieurs gestionnaires préfèrent ignorer l’épée de Damoclès qu’ils ont au-dessus de leurs têtes.

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