Le NIMBY en question

Magazine Courants, janvier-février 1990

II n’y a pas si longtemps, tout projet de développement économique était accueilli comme un véritable bienfait pour la communauté. Aujourd’hui, ce n’est plus aussi évident. L’environnement entre en ligne de compte et une vive résistance peut apparaitre. C’est le syndrome de Pas dans ma
tour. Le Québec en sait quelque chose : cela va de l’opposition aux projets des grandes entreprises au refus de résidents d’Outremont à la construction d’une bibliothèque publique. Manifestation d’un esprit de clocher nouvelle manière ou conscience aiguë des dangers que font peser certains projets sur la qualité de vie ?

L’information remise en question
La Fondation québécoise en environnement a voulu approfondir la compréhension de ce phénomène, appelé, rappelons-le, NIMBY en anglais (Not In My Backyard), au tours d’un colloque tenu le 8 décembre Montréal. Une constatation issue du colloque : le syndrome de NIMBY renvoie à une série de préjuges dont les fondements ne résistent pas toujours à l’analyse. À tel point que la Commission d’enquête sur les déchets dangereux « a décidé d’aborder la dimension sociale du dossier des déchets dangereux sans employer une seule fois l’expression NIMBY, fait remarquer son président, Yvon Charbonneau. La Commission croit en effet que cette expression pollue l’état de la question bien davantage qu’elle n’en rend compte ».

Plusieurs estiment que le syndrome de NIMBY peut être maitrisé par une attitude de transparence lors de l’élaboration d’un projet. John Endries, président de la Niagara Mohawk Power Corporation, de Syracuse, New York, donne cette explication dans un article publié dans le magazine Public Utilities Fortnightly. Mais pour Camille Limoges, président de l’ACFAS et professeur à l’UQAM, il s’agit la d’une « ruse du discours ».

« L’information n’est pas une solution magique, l’arme absolue en quelque sorte. Le problème (…) va bien au-delà de la conception et de la mise en place d’une stratégie de meilleure communication d’une information plus complète. Faute de le comprendre, on risque l’impasse ou presque ».

Camille Limoges s’en prend également a deux autres ruses du discours, soit la polarisation de la situation, qui amène a faire comme s’il n’y avait que deux parties, dont l’une a tort et l’autre raison ; et soit laa définition du consensus comme terme du processus, qui présente le débat sur un projet comme un combat entre l’erreur et la vérité « à  laquelle, démonstration faire, ceux qui auraient erré devraient bien à la fin se rallier ».

Climat de méfiance
Marie Beaubien, consultante spécialisée en environnement, définit le NIMBY comme une « résistance sociale à accepter sur son territoire tout projet qui menacerait la qualité de vie ». Selon elle, ce phénomène est lié évidemment à la sensibilisation accrue de la population face aux « impacts négatifs reliés au développement et à l’aménagement urbain ». Un climat de méfiance s’est instauré, grandissant à mesure que survenaient des désastres écologiques d’ailleurs amplifies par les médias.

Lysiane Gagnon, journaliste-chroniqueuse au quotidien La Presse, rappelle que « ce qui fait la force du syndrome de NIMBY, c’est qu’il provient d’une réaction normale et compréhensible contre l’atteinte a la vie privée ». Elle souligne toutefois « qu’on a encore rien vu, notamment en ce qui a trait à l’imposition de normes anti-pollution. Que se passera-t-il quand ces normes contribueront à la fermeture d’une usine et jettera au chômage des travailleurs incapables de se recycler dans une région où il n’y a plus d’emploi ? Pour le moment, le syndrome de NIMBY touche surtout la vie privée ; il touchera bientôt le gagne-pain. » La situation deviendra encore plus tendue, d’où la necessité, corn.me le propose Camille Limoges, « d’apprendre à faire face aux controverses et à développer des outils pour leur gestion publique ».

Le droit d’intervenir
Même si le phénomène est encore récent, plusieurs ont proposé des pistes de solutions au syndrome de NIMBY. Quant à Roger Nicolet, président de l’Union des municipalités régionales de comté, il prévient contre le danger « d’exporter nos problèmes environnementaux » en dehors des limites territoriales d’où ils originent.

Il prône plutôt « l’élaboration de mécanismes d’arbitrage qui objectivement garantiront que toute intrusion environnementale sera neutre quant à ses effets, que toute nouvelle forme de développement sera de son essence même durable, et que toute partie potentiellement lésées sera adéquatement et justement compensée ».

Yvon Charbonneau pose pour sa part quelques balises : le public a le droit d’intervenir et de prendre part aux décisions qui le touchent. II souligne que le phénomène NIMBY « ne se vaincra pas par le biais de quelque stratégie sophistiquée d’engineering social, de relations publiques ou de communications sociales. La vraie réponse aux résistances sociales, poursuit il, passe par la mise en place d’une stratégie de changement de nos priorités et pratiques de planification et de gestion et par la remise en question de certaines de nos habitudes, attitudes et valeurs ».

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