Le pétrole, accident de l’Histoire

Magazine Courants, janvier-février 1991

« Le pétrole est et restera un accident de l’histoire ». Telle est l’opinion exprimée par André Giraud, ancien administrateur général de la Commission de l’énergie atomique de France, que rapporte le bulletin Énerpresse. Présenté comme ayant des idées originales en matière d’énergie, André Giraud en appelle au « désarmement moral des spécialistes ». En fait, il est choqué de voir combien « les spécialistes de tel ou tel type d’énergie sous-estiment ce dont sont capables les spécialistes des autres énergies ». Selon André Giraud, les progrès techniques ne pourront que retarder faiblement la disparition du pétrole comme source d’ici à un siècle. Aussi lorsque l’opinion publique internationale prendra conscience que « la terre est étroite et que la planète s’abîme », la biomasse et l’énergie nucléaire deviendront des sources d’énergie vers lesquelles on se tournera.

Les Nord-Américains, dans la moyenne
Combien souvent entendons-nous d’observateurs de la scène énergétique déplorer la quantité d’énergie consommée par personne en Amérique du Nord. Un organisme américain, l’Energy Information Administration, vient de percer un trou dans la carapace de ce mythe tenace. En effet, dans un rapport qu’il a publié, cet organisme soutient que les États-Unis et le Canada ne sont pas plus énergivores que les autres nations industrialisées. C’est que l’organisme tient compte dans ses calculs de la différence entre les niveaux de vie, de la densité de population et du type d’industrie de chacun des pays analysés, en l’occurrence les pays membres du Groupe des Sept (États-Unis, Canada, Japon, Grande-Bretagne, France, Allemagne de l’Ouest, Italie).

« En tenant compte de ces facteurs, les États-Unis se comparent favorablement voire avantageusement aux autres nations », dit le rapport. En termes de consommation par unité de production industrielle, les États-Unis font piètre figure, mais cela est dû en partie, souligne l’étude, à la présence d’industries à forte consommation d’énergie, telles l’industrie des métaux, les industries chimique et pétrochimique. « Il ne faut pas confondre l’intensité de la consommation avec l’efficacité énergétique » mentionne l’étude. Les grandes distances entre les centres urbains en Amérique du Nord et les prix plus bas des hydrocarbures à comparer à celui qui a cours en Europe sont au nombre des facteurs qui expliquent la performance nord-américaine.

Le retour des voitures électriques
Bien inconstante, la fortune des voitures électriques. Depuis son apparition en 1888, la voiture électrique revient régulièrement dans les chroniques consacrées à l’automobile où à l’énergie. Ainsi risque-t-elle de réapparaître au cours de la décennie 90, selon magazine Maclean’s, en raison des pressions environnementales et de la hausse des prix du pétrole. Récemment d’ailleurs, Los Angeles, aux prises avec des problèmes de pollution et de congestion croissants, décidait d’investir avec une firme privée une somme de 8 millions dans le développement de voitures électriques.

L’objectif : avoir un parc de 10 000 voitures électriques en 1995. Mais les obstacles à la propagation de la voiture électrique restent nombreux, les mêmes d’ailleurs que ceux qui freiné son expansion au début siècle. La puissance des moteurs demeure faible, ce qui limite la voiture électrique aux voyages de courtes distances. Et, bien sûr, son coût élevé, tant pour remplacer la batterie que pour fabriquer la voiture elle-même.

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