Rencontre au sommet des entreprises d’électricité

Magazine Courants, mai-juin 1992

1 294 TWh de ventes, 302,2 GW de puissance installée, 389 165 employés : toute une force de frappe ! Voilà ce que représente le E-7, soit le regroupement des 7 plus grands producteurs et distributeurs d’électricité du monde. Hydro-Québec y joue un rôle actif, ayant eu la responsabilité d’organiser la première rencontre qui s’est déroulée à la Baie James les 8 et 9 avril 1992.

Le E-7 fait bien sûr penser au G-7, soit le regroupement des chefs d’État des pays les plus industrialisés. Le E-7, qui réunit les 7 plus gros vendeurs d’électricité, est né d’une impulsion similaire : le désir des chefs d’entreprise d’échanger annuellement sur les sujets marquants dans le domaine de l’électricité et de l’énergie. Actuellement, il est composé des entreprises suivantes : Hydro-Québec, Électricité de France, Tokyo Electric Power Co. (Tepco, Japon), Ente Nazionale per l’Energia Elettrica (ENEL, Italie), Ontario Hydro, RWE AG (Allemagne), Kansai Electric Power Co. (Japon).

L’idée de rassembler les grands de l’électricité revient à Pierre Delaporte, président d’Électricité de France (la plus grande entreprise d’électricité du monde). Il a soumis l’idée à Richard Drouin, président du Conseil et chef de la Direction, qui lui aussi entretenait le dessein de forger un réseau mondial des entreprises d’électricité. Le croisement de ces deux volontés a donc permis la mise en place du E-7. C’est Hydro-Québec qui a eu l’honneur d’organiser la première rencontre qui s’est tenue à la Baie James au début d’avril.

L’environnement, thème rassembleur
Au menu de cette première rencontre : le développement durable et l’environnement. C’est le consensus qui a été établi lors des rencontres préparatoires à ce premier sommet, et qui découlait des séances de travail des sherpas, les officiels qui sont chargés d’élaborer l’agenda de rencontres internationales de ce calibre. Pour Hydro-Québec, cette tâche a été confiée à André Delisle, v.-p., Planification générale, assisté de Jean Louis Fleury, directeur délégué, Coopération institutionnelle, groupe Commercialisation et Affaires internationales. Ils ont participé aux deux rencontres préparatoires du sommet, l’une à Paris en janvier et l’autre à Montréal en avril. L’idée de faire porter le premier sommet sur le thème de l’environnement s’imposait d’autant qu’allait se tenir la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, du 3 au 14 juin à Rio de Janeiro au Brésil.

Le travail préparatoire a d’ailleurs permis de constater les préoccupations communes des grandes entreprises d’électricité qui, pourtant, évoluent dans des contextes fort différents. En effet, contrairement à d’autres industries, l’industrie de l’électricité ne favorise pas à priori de relations étroites entre les entreprises. Chacune évolue dans son territoire national et entretient des échanges avec ses voisins immédiats : on pense entre autres aux interconnexions. Les échanges au niveau mondial se limitent surtout à des expertises pointues.

Aucune structure n’existe qui permette aux grands de l’électricité de confronter régulièrement leurs points du vue sur des sujets qui les affectent tous : environnement, réglementation de l’industrie, qualité du service, etc. En fait, le seul terrain où les entreprises d’électricité se font face habituellement est celui de la concurrence, lorsqu’elles tentent d’obtenir des contrats sur les marchés étrangers. L’idée du E-7, c’est justement d’établir une ligne de démarcation entre les activités de coopération et les activités commerciales et ce, dans un souci d’éthique.

« Les membres du E-7 reconnaissent qu’il faut aborder la gestion de la ressource électrique de manière globale, en considérant tous les avantages et les inconvénients, explique André Delisle. Nous avons intérêt à ce que tous les pays du monde fassent l’utilisation la plus judicieuse qui soit des ressources énergétiques, notamment pour minimiser l’impact de nos activités sur l’environnement. Comme grands électriciens, nous avons développé une expertise que nous sommes désireux de partager hors de toute perspective commerciale. »

Des entreprises citoyennes du monde
C’est sous cet angle éthique que débute d’ailleurs le communiqué publié par le E-7 à l’issue de cette première rencontre. Les entreprises rappellent que « la gestion de la protection de l’environnement [est] l’une des principales priorités de leurs stratégies et un facteur déterminant d’un développement durable » tout en soulignant « les nombreux avantages de l’électricité sur les autres sources d’énergie au regard de l’environnement, tout particulièrement au niveau de l’utilisation de l’énergie ».

Se déclarant « entreprises citoyennes de leur pays », les membres du E-7 vont un cran plus loin et se présentent également comme « entreprises citoyennes du monde ». Car, souligne le communiqué, une stratégie commune est nécessaire « afin de parer à une détérioration du climat et de l’environnement de la planète ».

Il ajoute que les entreprises prônent le développement des transferts technologiques vers les pays en voie de développement au sein d’un vaste réseau de coopération qui touche autant les programmes de gestion de la demande, la protection de l’environnement que l’approvisionnement efficace en énergie électrique. « Les compagnies membres du E-7 souhaitent vivement que leur expérience, leur compétence et leur savoir-faire soient mis au service d’une meilleure production et d’une meilleure utilisation de l’énergie électrique partout dans le monde. »

Du concret
Même s’il s’agit d’une première rencontre – avec tous les imprévus qui peuvent surgir, en raison du fait que les acteurs ne se connaissent pas -, le E-7 a tout de même débouché sur du concret. Les participants ont convenu en effet de mettre sur pied un réseau d’expertise commun « dont l’objectif est d’améliorer leur coopération mutuelle et de servir de conseil écologique, technique et industriel pour le compte des institutions supranationales et des gouvernements nationaux, plus spécialement dans les pays en voie de développement ». Ce réseau devrait permettre de réaliser des diagnostics énergétiques des pays en voie de développement et de soumettre des projets aux organismes de financement internationaux. Une action qui s’inscrit dans la volonté de développer une approche intégrée de la gestion de l’énergie. Elle seule peut contribuer au « développement durable de l’économie de la planète » en pleine explosion démographique.

C’est à Hydro-Québec que revient la responsabilité de coordonner la mise en place de ce réseau.
Même si ça n’apparaît pas dans le communiqué, le E-7 étudie également la proposition allemande de créer un fonds international pour l’environnement. Une réunion s’est d’ailleurs tenue en avril en Allemagne à ce sujet et les discussions se poursuivent.

Coopération et concurrence
Comment conciliera-t-on activités de coopération et activités commerciales ? Comment délimiter une zone de coopération, fondée sur des considérations éthiques concernant l’avenir de la planète, tout en poursuivant des activités concurrentielles ? C’est là un des grands défis du E-7, dont la plupart des membres sont présents sur le marché international.

Sur cette question, Pierre Bolduc, v.-p.e., Commercialisation et Affaires internationales, déclare que : « Il va falloir faire le partage entre les deux grands types d’activités internationales : celles à vocation de rayonnement et de positionnement d’Hydro-Québec sur le plan mondial et celles reliées à nos activités commerciales traditionnelles hors Québec. C’est une réalité nouvelle à laquelle tous les grands producteurs d’électricité sont en train de s’adapter : le monde change, les problèmes se globalisent et les besoins s’annoncent à ce point énormes que les grands vont devoir apprendre à mieux se positionner et à travailler ensemble. Le domaine électrique international va de plus en plus s’ouvrir et devenir un monde d’alliances stratégiques. C’est ce que montre bien le E-7, ainsi que le premier geste qu’il pose, soit la constitution d’un réseau. »

Pour cette première, on note toutefois que le E-7 ne regroupe aucune entreprise américaine et britannique. Question de contexte, expliquent les dirigeants du E-7 : les Américains n’ont pas d’entreprise dont les ventes dépassent 120 TWh par année, un des critères établis pour participer à la première réunion. Toutefois, les Américains seront invités à déléguer deux officiels représentant les plus importantes entreprises d’électricité des États-Unis. Le cas de la Grande-Bretagne est plus complexe : depuis la réorganisation du secteur électrique dans ce pays, aucune entreprise ne fait à la fois la production, le transport et la distribution d’électricité. C’est là un autre critère pour faire partie du E-7. On attendra donc les développements futurs du secteur électrique dans ce pays avant de lancer une invitation.

Au terme de cette première rencontre, deux constats peuvent être faits : d’une part, le E-7 se montre conscient du poids de son secteur d’activité sur la qualité de l’environnement et, d’autre part, il se déclare désireux, sur cette base, d’harmoniser ses actions afin de favoriser une saine gestion du développement de la ressource électrique sur la planète.

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