Crise pétrolière et mondialisation

Magazine Courants, mai-juin 1992

Aux États-Unis, les grandes sociétés d’électricité ont beaucoup changé depuis 20 ans. Le magazine Sourcebook Update analyse la situation de l’industrie électrique américaine depuis une décennie. Un petit condensé dont il vaut la peine de rapporter les principaux éléments. L’article rappelle que la crise pétrolière du début des années 70 a amené la première hausse substantielle du prix réel de l’électricité depuis l’invention de cette source d’énergie il y a plus de 100 ans. Cet événement a secoué considérablement l’industrie, autrefois stable. Il a forcé les autorités américaines à adopter des lois et des règlements dans l’espoir de contenir la hausse des tarifs qui s’en est en suivie.

Parmi les mesures adoptées, il y avait celle relative à la formation de petites entreprises indépendantes (Independant Power Producers ou IPPs) faisant contrepoids aux grandes entités et pouvant ranimer la compétition entre les producteurs et exercer des pressions à la baisse sur les prix. Les grandes entreprises ne sont pas restées inactives face à cette compétition accrue.

Résultat : elles ressemblent peu à ce qu’elles étaient il y a 20 ans, aux beaux jours où l’argent coulait à flot et les profits étaient chose garantie. Elles se sont lancées dans des programmes de réduction des coûts, se sont mises à comparer leur performance avec celle d’entreprises d’autres secteurs d’activité, ont conçu des programmes de gestion de la demande, de protection de l’environnement et mis l’accent sur le service à la clientèle. Mais, après avoir composé avec le défi d’un marché intérieur plus exigeant, elles doivent dorénavant s’attaquer à des défis venant de l’extérieur et qui découlent de l’ouverture des marchés mondiaux. Électricité de France, par exemple, a installé aux États-Unis des bureaux d’affaires pour divers projets de joint-venture.
 
Les roches lunaires
Un chercheur japonais, Hiroshi Momota, du Japanese National lnstitute for Fusion Science, croit avoir trouvé la source d’énergie de l’avenir : les roches lunaires. Celles-ci, prétend le chercheur, contiennent d’abondantes sources d’énergie non radioactive. Il faudrait simplement en extraire l’hélium-3, les ramener sur Terre et s’en servir dans les réacteurs : on aurait alors des sources d’énergie qui pourraient alimenter les centrales pendant 400 ans. Avec d’autres chercheurs américains et russes, Hiroshi Momota a signé une déclaration conjointe pour la mise en place d’une base lunaire permanente pour l’extraction de l’hélium-3. Preuve que science et fiction peuvent se rejoindre…

D’autres Tchernobyl
C’est ce dont s’inquiètent plusieurs experts du domaine de l’énergie lorsqu’ils analysent l’état de l’industrie nucléaire de l’ancienne Europe de l’Est. Le dilemme est bien simple : que faut-il faire des centrales nucléaires dont on sait qu’elles ne correspondent pas aux critères minimaux de sûreté établis dans les pays occidentaux ?

En fait, la sagesse (lire : la sécurité des populations) serait d’abandonner les centrales en exploitation et de laisser là les centrales en construction. Car les pays de l’Europe de l’Est n’ont tout simplement pas les ressources financières pour gérer en toute sécurité les centrales existantes, encore moins pour en développer d’autres afin d’assurer une alimentation suffisante. Mais la logique économique plaide en faveur de leur exploitation : outre la ressource hydraulique qui a déjà été utilisée au maximum, ces pays ne disposent que des filières gaz et mazout, insuffisantes et aléatoires.

Cela donne aux pays occidentaux, entre autres à la Communauté européenne, et à l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui ont l’expertise et les ressources, de lourdes responsabilités. Mais les défis sont énormes, autant sur le plan technique que politique. Mentionnons entre autres la non-compatibilité des réseaux ouest et est-européen et la loi américaine qui interdit l’exportation de produits de haute technologie, ce qui limite la disponibilité de certains équipements nécessaires à la relance du nucléaire dans la région.

 

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