Le marcheur de Fès

Éric Fottorino, Le marcheur de Fès, Calmann-Lévy, Paris, 2013

Nuit blanche, no. 134, printemps 2014

On dit parfois de certains livres qu’ils se lisent d’un trait. Celui-ci, du journaliste et romancier Éric Fottorino, se lit davantage selon moi par petites touches, le temps entre les chapitres de mieux s’imprégner des portraits intimistes que fait l’auteur de ses pérégrinations à Fès, l’impériale ville du Maroc qui a plus d’un millénaire dans le corps.

Éric Fottorino y part à la recherche spirituelle de son père biologique, un Juif fassi (c’est-à-dire de Fès) dont il cherche à retracer la jeunesse parmi les vieilles pierres de la ville et de son quartier juif, le mellah.

J’ai pu moi aussi entreprendre un pèlerinage semblable à Fès, avec mon épouse qui a passé toute sa jeunesse dans la vielle ville, à l’ombre d’un père pieux musulman marchand de chaussures. Dans cet endroit qu’on ne peut oublier, tant les habitudes d’aujourd’hui semblent mimer les façons de vivre d’autant : on y croise encore des ânes  faisant le transport des marchandises, comme il y a des siècles.

Grâce au livre de Fottorino, j’ai pu revivre ces nombreuses traversées de la ville ancienne et moderne, m’émouvoir de nouveau, comme lui, de la disparation quasi complète de la communauté juive, qui a tant contribué à sa renommée intellectuelle de  (de 20 000, la communauté juive ne rassemble plus à Fès que 500 personnes, en général âgées). Ceci en raison surtout du conflit israélo-palestinien, qui a suscité des tensions autrefois inconnues.

En marchand abondamment dans la ville, en rencontrant de vieilles connaissances de son père biologique avec lequel il a engagé des liens seulement à l’âge adulte, il tente de découvrir la ville pour mieux connaitre l’homme : « Maintenant il me faut Fès. Connaître Fès. Je ne serai pas vraiment ton fils si mes yeux ne voient pas ce que tu as vu en premier ». Comme l’indique cette citation, l’auteur s’adresse à son père, et lui rappelle, au gré de ses promenades, de ses rencontres, la jeunesse qui fut la sienne.

M. Fottorino voit aussi la vie qui aurait pu être son destin si sa mère et sa famille française n’avait pas rejeté ce père biologique, car Juif. Un témoignage qui raconte bien ce que fut la vie de cette communauté historique en Afrique du Nord avant qu’elle ne sombre dans l’oubli.

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