La montée de l’islamisme inquiète

Le Devoir, 26 octobre 1987

Les récentes condamnations à mort contre des intégristes musulmans en Tunisie et le succès électoral d’un parti islamiste en Égypte témoignent de l’attrait qu’exerce aujourd’hui l’islam politique à travers le monde arabe. Autrefois sous la gouverne d’élites complices des idéaux occidentaux, les populations arabes sont maintenant interpellées, par la croisade des militants islamistes décidés à en finir avec an État qu’ils jugent « impie et corrompu ».

Berceau du mouvement islamiste, l’Égypte est, avec la Tunisie et le Soudan, un des pays où il gagne le plus de terrain et exerce des pressions énormes sur les pouvoirs politiques. L’assassinat du président Sadate en octobre 1981 a démontré la détermination des radicaux.

Selon M. Munir Raffle, président de la Fédération des associations d’Égyptiens du Canada, quatre expressions de l’islamisme actuel peuvent être distinguées. Il y a des gens qui veulent simplement faire connaître l’islam comme religion. D’autres, qui aimeraient que l’islam soit présent dans différentes législations à caractère civil alors que certains veulent en faire l’unique source de loi. Enfin, ils y a ceux qui luttent pour que la Charria (Loi islamique) devienne l’unique législation du pays. Selon M. Raffla, c’est cette dernière composante qui s’affirme le plus spectaculairement en ce moment et qui est la plus radicale. Au Soudan, cette loi est appliquée avec toute sa rigueur malgré les protestations de la communauté chrétienne de sud.

Pour Youssef Mouammar, président de la Fédération internationale islamique du Québec, le réveil actuel de l’islam est avant tout religieux. Ce que recherchent les musulmans, ce n’est pas de prendre le pouvoir, mais de faire simplement respecter leur religion, plus précisément par le respect et l’implantation de la Charia », déclare-t-il.

C’est une analyse que ne partage pas M. Selim Naguib, président de l’Association copte canadienne. L’islamisme pose une sérieuse menace au régime du président Hosni Moubarak mais également aux minorités chrétienne en Égypte dont les coptes. « En ce moment, la population copte n’a que deux alternatives : s’islamiser ou subir quotidiennement les quolibets et insultes des islamistes, y compris le saccage des maisons », déclare M. Naguib, qui déplore manque de rigueur du président égyptien à faire respecter la sécurité et la loi.

« Comme son prédécesseur Moubarak ménage les islamiste et n’a pas le courage de les traduire en justice », dit-il. En Tunisie, le régime n’a pas hésite à le faire. Après un long procès, quatre dirigeants du mouvement de tendance islamique ont été condamnés à mort et deux d’entre eux exécutés au début du mois.

M. Naguib et Raffla expliquent la mollesse du régime égyptien par la présence des islamistes dans tous les secteurs de la société. « Les islamistes ont infiltré les syndicats, le gouvernement, l’armée et sont impliqués dans toutes les régions du pays », font-ils remarquer.

Malgré la force politique des islamistes, il existe néanmoins un sentiment largement répandu contre leurs idées, soutient. M. Raffla. « Plusieurs croient que la venue des islamistes au pouvoir et l’implantation de la Charia comme unique loi signaleraient un recul pour l’Égypte et un danger pour tous ceux qui, chrétiens ou musulmans, ne partagent pas l’idéologie islamiste », conclut-il.

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