Les Arabes de Montréal sont solidaires de la lutte palestienne

Le Devoir, 29 mars 1988

La communauté arabe de Montréal se dit entièrement solidaire du soulèvement actuel des Palestiniens des territoires occupés. Certains de ses membres expriment leur fierté de voir la cause palestinienne reconnue par la communauté internationale. Ils perçoivent les événements actuels comme un tournant de l’histoire palestinienne.

Les Arabes de Montréal, qui sont plus de 50 000, voient dans le soulèvement des Palestiniens une conséquence directe de l’occupation des territoires de Cisjordanie et de Gaza par Israël depuis 1967.

«Les Palestiniens expriment l’humiliation que la présence militaire israélienne leur fait subir depuis 20 ans», déclare Issa J. Boullata, professeur de littérature arabe à l’Université McGill. « Les Palestiniens ne veulent pas de la présence israélienne sur leurs territoires. S’ils ont attendu aussi longtemps pour se révolter, c’est qu’ils ont pris conscience qu’ils doivent plus que jamais prendre en main leur propre destin. Maintenant que l’OLP a été expulsée hors du Liban et des pays voisins d’Israël, et que les grandes puissances les oublient, ils constatent qu’ils se retrouvent seuls pour poursuivre le combat », ajoute M. Boullata, président du Centre d’études arabes pour le développement.

Rachad Antonius retient surtout des événements actuels en Palestine « l’hypocrisie de certains intellectuels juifs de gauche ». « Beaucoup d’intellectuels juifs se sont émus de la violation des droits de la personne commise par les soldats israéliens depuis trois mois. Or, depuis plusieurs années, tous les journaux israéliens rapportent à chaque semaine des cas d’expulsions et de tortures. Il est remarquable de constater que ces personnes ne soient pas intervenues plus tôt pour dénoncer les exactions israéliennes », dit-il.

C’est une opinion que partage Norma Salem, chercheure à l’Institut québécois de recherche sur la culture. « Depuis 20 ans, il y a eu beaucoup d’actes de violence perpétrés contre les Palestiniens. Les punitions collectives, les déportations, les destructions de maisons, l’étouffement économique de la région, tout cela existe depuis 1967. Maintenant, les Palestiniens en ont assez, surtout les jeunes qui malgré leur haut niveau d’instruction, sentent leur avenir bloqué. »

Les Palestiniens sont cependant prêts à reconnaître et vivre en paix avec l’État d’Israël « On a rarement vu des gens détruire un État avec des pierres », déclare Edmond Omran, responsable de l’Aide médicale pour la Palestine. « Ce que veulent ardemment les Palestiniens, c’est de ne plus être subordonnés par la présence militaire, par l’occupation de leur terre. Leur objectif, c’est de mettre les Israéliens hors des territoires occupés, et non pas de les jeter à la mer », dit-il.

Même si Israël a détruit la société palestinienne, poursuit Rachad Antonius, les Palestiniens sont disposés à négocier avec l’État juif. « Depuis 1974, Yasser Arafat, chef de l’OLP, a souvent dit, de façon non explicite mais claire, qu’il est prêt à reconnaltre Israël si Israël le reconnaît d’abord. Il faut être de mauvaise foi pour prétendre que l’OLP ne veut pas parler aux Israéliens. La volonté de négocier est là. Cependant, on demande aux Palestiniens, qui n’ont pas de puissance militaire, de jouer leur dernière carte, c’est-à-dire de reconnaître la légitimité de leur dépossession. Les Palestiniens négocieront quand ils verront qu’il y a moyen d’obtenir quelque chose d’Israël », souligne-t-il.

L’aspect le plus condamné et le plus commenté est le refus des Israéliens d’accepter l’OLP comme interlocuteur valable dans le conflit du Moyen-Orient « Il est illogique et insensé de dire que l’OLP n’est pas le digne représentant du peuple palestinien », soutient Edmond Omran. Les Israéliens invoquent souvent les dispositions de la Charte de l’OLP, dont plusieurs articles parlent de libérer entièrement la Palestine, pour expliquer leur refus de traiter avec l’OLP. Selon Norma Salem, il ne s’agit que d’un prétexte utilisé par Israël pour ne pas négocier.

Dire que l’OLP n’est qu’une organisation terroriste est un argument fallacieux, affirme Issa J. Boullata.
« Les opérations militaires ne constituent qu’un aspect des activités de l’OLP qui, comme tous les gouvernements du monde, gère des départements culturels, éducationnels, de santé, etc. En n’insistant que sur un seul aspect, Israël cache la vérité. L’OLP dispose d’une faction militaire, comme tous les États de la planète. Dit-on de tous les pays du monde qu’ils sont terroristes ? » demande le professeur.

Est-ce que la paix est un projet utopique au Moyen-Orient ? « La balle est du côté d’Israël », répond Rachad Antonius. « Israël manifeste une volonté systématique de dépossession du peuple palestinien. Cela doit arrêter. Israël doit accepter l’OLP et les institutions palestiniennes. Le rapport de force est en faveur d’Israël, c’est donc à ce pays de faire les premiers pas. En dernier ressort, la solution passe par la reconnaissance mutuelle », précise-t-il.

« Aujourd’hui, les Palestiniens n’accepteront rien de moins qu’un État indépendant, insiste Edmond Omran.
« On ne parle pas de la Palestine historique, mais d’un territoire délimité appartenant aux seuls Palestiniens. La meilleure alternative, ce serait de rendre aux Palestiniens les territoires occupés depuis 1967 cela inclut Jérusalem et la Cisjordanie-Gaza. La majorité des Palestiniens seraient contents de cette solution. »

La première étape vers un règlement pacifique est qu’Israël cesse de vouloir choisir ses interlocuteurs, d’après Issa J. Boullata. « Israël cherche à négocier avec des Palestiniens favorables à ses plans stratégiques. Les ennemis véritables, Israël et l’OLP, doivent s’asseoir ensemble, mais avec des témoins pour représenter la communauté internationale et s’assurer du respect des éventuels accords », mentionne-t-il.

L’histoire prouve que les peuples ont longue mémoire, rappelle Norma Salem. « Les Juifs en sont eux-mêmes un bon exemple. Ils devraient être les premiers à savoir qu’ils ne pourront jamais anéantir la volonté des Palestiniens de vivre en communauté sur leur terre historique ».

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