Rapport Kahane : louable, mais des interrogations demeurent

Le Continuum, 11 octobre 1983

Le rapport Kahane, ed. Le Sycomore, Paris, 1983.

LES 16, 17 et 18 septembre 1982 survenait au Liban un événement atroce, qui allait bouleverser et choquer l’ensemble de la communauté internationale : il s’agit du massacre de Sabra et de Chatila, camps palestiniens à Beyrouth. Ce véritable massacre, perpétré par les phalangistes (droite libanaise), s’inscrivait dans la suite de la guerre qui avait ravagé le Liban au coeur de l’été 1982.

Immédiatement après l’annonce de ce douloureux événement, une manifestation monstre a été organisée à Tel-Aviv, en Israël, pour protester contre la négligence, voire la complicité de certains membres de l’armée israélienne.

Celle-ci, en, effet, avait la responsabilité de la protection des camps civils palestiniens. Comment, dès lors, des milices chrétiennes ont-elles pu pénétrer dans les camps sans que des officiers israéliens aient assuré une certaine
« collaboration » ?

Pour répondre à ces interrogations, et devant les énormes pressions populaires, le gouvernement israélien a créé, le 28 septembre 1982, une commission d’enquête, dite Commission Kahane, du nom du président de la commission Yitzhak Kahanev, président de la Cour Suprême. Deux autres membres l’assistaient, soit Aaron Barak, juge, et Yoha Efrat, général de réserve.

Le rapport de la commission d’enquête, qui vient d’être récemment distribué en français, établit la responsabilité de certains membres haut-placés de l’establishment militaire israélien Le major-général Âmir Drori fut notamment pris à partie pour ne pas avoir persévéré dans sa tentative de stopper les Phalangistes.

Concernant le chef d’état-major, le lieutenant-général Raphaël Eytan, le rapport dit arriver à de graves conclusions concernant les actes et les manquements du général.

Les membres de la commission suggérèrent aussi le remplacement du directeur des renseignements militaires Yohoshua Saguy, et la démission d’Arnos Yaron de son poste de commandant divisionnaire, et ce pour au moins trois ans.

Quand au général Ariel Sharon, le rapport écrit qu’il porte une responsabilité personnelle. Ainsi, poursuit le document, il convient que le ministre de Défense tire les « conclusions personnelles appropriées qui en découlent ». À la suite du rapport, le général Sharon a effectivement perdu son poste de ministre de la Défense, tout en conservant une voix ministérielle au sein du gouvernement.

À la publication française du rapport a été joint un commentaire dans lequel un dénommé Y.A. soulève plusieurs questions intéressantes. Bien qu’écrit dans un français boiteux, le commentaire va plus loin que le rapport et invoque la responsabilité quasi-directe des militaires israéliens dans le massacre : l’armée israélienne a laissé faire. Elle a même « décidé » de l’entrée des phalangistes dans Beyrouth-Ouest, spécifiquement dans les deux camps palestiniens.

Le dénommé Y.A ajoute : la thèse de la préméditation israélienne pour « laisser faire Sabra et Chatila » paraît au moins aussi « plausible que celle de la négligence (…) Parler de négligence dans ce cas, n’est-ce pas doter ces personnages d’une dose de naïveté que leur fonction, leur efficacité comme leur histoire, semblent réfuter ? »

Le commentaire se termine par une réflexion sur le caractère vicié de la démocratie israélienne. En France, aux États-Unis, n’importe quel gouvernement serait tombé à la suite de l’inculpation de la commission Kahane.

Mais, rétorquent les Israéliens, aucun gouvernement au monde n’aurait eu le courage d’instituer une telle commission d’enquête sur le comportement des principales personnalités du régime.

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