L’Allemagne au coeur d’un débat sur la sécurité nationale

Le Continuum, 29 novembre 1983

L’ALLEMAGNE fédérale est le pays occidental où la politique de défense est la plus débattue. La présence des Verts (parti écologique) au Parlement fédéral et l’ampleur du mouvement pacifiste témoignent de la crise que traverse ce pays, le premier exposé à une éventuelle guerre nucléaire en Europe.

L’Allemagne fédérale a consacré en 1982 un montant d’environ 18,2 milliards de dollars U.S. à son budget de défense. Même si ce montant en fait un des pays européens qui dépense le plus en matière d’armement, toute la politique de défense de l’Allemagne se fonde sur la garantie nucléaire américaine.

Contrairement à la France, qui s’est détachée de l’organisation militaire de l’OTAN pour prendre seule en main sa force de frappe, l’Allemagne fédérale compte sur l’utilisation immédiate des armes tactiques américaines en cas de conflit sur le théâtre européen.

L’effort de réarmement allemand date de la guerre de Corée, à l’époque où les Américains voulaient faire de l’Allemagne le rempart européen contre la montée du communisme. Pour les dirigeants allemands, il s’agissait alors d’assurer la souveraineté du pays, quoique l’entreprise ne fait pas l’objet d’un consensus national.

Par la suite, surtout à partir de la fin des années 60, la politique de défense allemande sera hantée par le problème du « couplage ». Il s’agit d’associer étroitement les États-Unis à la défense de l’Europe. Cette association permet d’éviter que les super-grands n’emploient le seul théâtre européen pour leurs opérations de guerre gardant leurs propres territoires.

En fait, la présence de soldats américains en Allemagne répond à cette préoccupation. Ainsi, jusqu’en 1977, les États-Unis croient que le système nucléaire basé sur le sol américain est suffisant pour assurer la défense de l’Europe.

Toutefois, le déséquilibre engendré par le déploiement des missiles soviétiques SS-20 force les dirigeants de l’OTAN à la fameuse double décision de décembre 1979 : le déploiement à la fin 1983 de 464 missiles de croisière et de 108 Pershing-2 en Europe (Grande-Bretagne, Belgique, Pays-Bas, Italie), et principalement en Allemagne fédérale, et ce parallèlement à des négociations en vue de réduire ces mêmes armements.

Pour les Allemands, initiateurs de la proposition, l’objectif est double : stopper l’accroissement du nombre de missiles soviétiques pointés vers l’Europe et resserrer les liens de défense entre l’Europe et les États-Unis.

À partir de ce moment, les problèmes de sécurité deviennent un problème de plus en plus important pour les dirigeants de la R.F.A. Il en est de même pour l’ensemble de la population. Les missiles qui devront être déployés sont considérés offensifs et dangereux. L’arrivée au pouvoir du président Reagan, la poussée de l’effort américain en armements, et quelques déclarations ambiguës et belliqueuses ont eu pour conséquence de déclencher des mouvements d’opinion de grande envergure : la presse mondiale parlera alors du neutralisme et du pacifisme, voire de l’anti-américanisme d’une partie de l’opinion allemande.

L’ampleur de la victoire le 6 mars dernier des Chrétiens-démocrates du chancelier Helmut Kohl (55,6% des voix) démontre que les questions économiques sont plus importantes que les préoccupations de défense : M. Kohl, partisan acharné du déploiement, a remporté la victoire sur le candidat social démocrate Hans-Jochen Vogel, partisan d’un appui limité au plan de l’OTAN.

Par contre, le chancelier doit composer avec la présence au Bundestag du parti des Verts, parti écologique farouchement hostile au déploiement des armes nucléaires.

Dirigés par Pétra Kelly et soutenus par les jeunes, les Verts promettent une forte opposition à l’installation des missiles de l’OTAN. Leur slogan est « Construire la paix sans armes ». Le parti, d’inspiration non violente, s’est engagé à faire aucun compromis à ce sujet et menace même d’entreprendre une « guerre civile pacifique » pour empêcher l’arrivée et l’installation des missiles.

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