Itinéraire d’un jeune féru de politique internationale

Tribune juive, mai-juin 1989
L’auteur retrace sa propre expérience de jeune québécois intéressé par la politique internationale.

Je me suis intéressé à la politique internationale quelque peu avant mon entrée à l’université. Comme bien d’autres étudiants en sciences sociales, la politique internationale représentait pour moi une ouverture sur le monde et les idées. Certains de mes confrères ont choisi la chanson, d’autres le cinéma, d’autres le sport olympique. Autant de prétextes, autant de voies qui permettaient à chacun de nous d’explorer l’ailleurs. Cela nous apparaissait comme une bouffée d’air frais face à trop d’américanité.

J’écoutais récemment une entrevue avec d’un journaliste des pages internationales de La Presse. Il disait que le journaliste couvrant la politique internationale doit constamment s’abreuver à d’autres sources d’information qu’aux communiqués de presse que leur envoient quotidiennement par centaines les grandes agences de presse.

Le jeune Québécois qui veut en savoir plus sur le monde comprend rapidement qu’il doit suivre la même stratégie. Il est en effet impossible de satisfaire sa curiosité en se fiant uniquement aux médias québécois. Les nouvelles y sont trop factuelles et les analyses, quand il y en a, demeurent presque le fait du hasard : tel journaliste invité dans un pays, tel professeur en stage d’études, tel étudiant en visite de passage.

Il faut donc compter sur les journaux étrangers et notamment sur les médias américains et français. Faut-il se surprendre de cette situation ? Pas vraiment. J’ai toujours pensé que cette rareté d’informations internationales est un fait de société.

Les Québécois vivent en Amérique du Nord, bien souvent éloignés des événements. Les nouvelles ne les touchent guère, d’autant plus que notre histoire n’est pas marquée de façon aussi nette, comme c’est le cas en Europe, par l’histoire d’autres pays. Nous n’avons qu’un seul voisin, les États-Unis, dont les citoyens sont eux-mêmes peu informés sur les événements mondiaux. Mais contrairement aux Américains toutefois, les Québécois et les Canadiens ont relativement peu d’influence sur la politique mondiale.

Devons-nous pour autant absoudre nos médias pour leurs carences quant à la couverture des événements internationaux ? Pas du tout. Les nouvelles internationales sont encore trop souvent considérées comme parmi les moins importantes.

En cette époque où l’on parle beaucoup d’internationalisation de l’économie, les médias apparaissent encore trop peu branchés sur les événements d’ailleurs. Pourtant, les jeunes s’intéressent de plus en plus à la politique internationale : il y a une chronique Monde au journal étudiant Continuum de l’Université de Montréal et qui marche bien depuis plusieurs années. Les Québécois voyagent, font des affaires avec d’autres pays, accueillent des immigrants.

Autant de phénomènes qui justifieraient une part plus congrue aux nouvelles de notre monde.

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