Etre de son temps

Métro, 10 décembre 2001
Politologue, auteur d’un mémoire sur l’intégrisme islamique.

Les musulmans du monde entier, y compris ceux résident à Montréal, soit une communauté composée de plusieurs milliers de personnes, entrent dans la phase la plus intense du Ramadan.

Durant le Ramadan, qui a débuté cette année le 17 novembre, les pratiquants n’ont le droit de boire, de manger, de fumer que durant la période de noirceur et doivent donc s’astreindre à un jeûne total pendant le jour.

Le Ramadan constitue le temps fort de l’année en terre d’islam, un heureux mélange de fête et de privation, une période pendant laquelle les musulmans en profitent pour visiter leurs familles et leurs proches, mettre en œuvre les meilleures résolutions, s’adonner davantage au recueillement. Il est l’un des cinq piliers de la foi islamique, les autres étant la croyance en un Dieu unique, l’aumône au profit des pauvres, la prière quotidienne et le pèlerinage à La Mecque, lieu saint situé en Arabie saoudite.

Avec les attentats du 11 septembre, un sursaut d’intérêt s’est manifesté dans le monde pour mieux connaitre cette religion et comprendre pourquoi une minorité de ses adeptes s’en servent pour s’en prendre violemment à l’Occident, et surtout aux États-Unis. S’il est un sujet que les musulmans doivent régler entre eux, c’est le débat qui perdure entre une vision intégriste de leur foi, qui sert de justification au combat contre les Occidentaux, et la vision moderniste, celle qui cherche à composer avec les réalités actuelles.

La vision intégriste prône une conception littérale et unique du Coran, livre saint des musulmans. Selon cette conception, tous les versets doivent être appliqués à la lettre, sans tenir compte du contexte historique de la révélation coranique, intervenue au 7e siècle, ni des circonstances actuelles.

La vision moderniste est beaucoup plus pragmatique et réaliste. Elle dit que l’islam, dans son message universaliste, doit être compris en tenant compte du contexte historique de la révélation et des circonstances du monde actuel. Un exemple : même si l’islam théorique permet la polygamie, le message divin transmis par Mohammed a été reçu, à l’époque, comme une incitation à un traitement plus respectueux de la femme.

Les exemples de la sorte pourraient se multiplier. En fait, il n’y a pas qu’en islam que cette tension entre une vision littérale et une vision plus progressiste existe. Les juifs et les chrétiens ont aussi leurs fondamentalistes, partisans d’une lecture étroite de la religion, souvent au profit d’un projet politique.

Ce n’est donc pas l’islam qui est en cause depuis le 11 septembre, mais sa version intégriste. Les attentats à New York et Washington soulignent l’urgence, pour les musulmans, de dénouer une fois pour toute ce nœud gordien.

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