Science : créer inutilement de l’inquiétude

Métro, 16 octobre 2001
Politicologue de formation, l’auteur réside à Montréal.

C’est fou ce que le bombardement incessant d’informations peur rendre notre sens critique faillible. Si bien que des doutes scientifiques, s’ils reviennent faire leur apparition régulière dans la sphère publique, deviennent à terme des vérités établies.

J’ai eu cette réflexion récemment, à la suite de la publication d’un texte à l’effet qu’on organisme relevant de l’organisation mondiale de la santé, soit le Centre international de recherche sur le cancer (CICR), dont le siège est à Lyon, en France, décidait de classer l’effet des champs magnétiques sur la santé humaine comme « possiblement cancérigènes ». Rappelons que les chams magnétiques sont induits par les courants qui circulent dans les fils électriques.

La question est maintenant débattue depuis plus de 20 ans, les résultats scientifiques obtenus depuis sont des plus mitigés, mais à force d’en parler, on en vient à croire que le lien est établi. Or, c’est loin d’être le cas.

Avec le temps, tout ce qui tourne autour de cette question est devenu une véritable industrie, tant en Amérique du Nord qu’en Europe Un passage du document m’a particulièrement intrigué :
«Globalement, dit le CIRC, les preuves expérimentales de l’effet cancérigène des champs magnétiques sur les animaux sont jugés inadéquats.» C’est-à-dire, selon la stricte définition de l’organisme, que les études sont soit inexistantes, soit d’une qualité insuffisante.

Inexistantes ? De qualité insuffisante ? Jugez-en vous-même : as moins de quatre études animales de grande envergure ont été réalisées depuis trois ans à l’échelle mondiale. Les animaux sous étude (rats et souris) ont été exposés, durant leur vie entière, à des niveaux de champs magnétiques des milliers de fois supérieurs à ceux dont nous, les humains, sommes exposés quotidiennement.

Les chercheurs ayant effectué ces études proviennent d’instituts les plus réputés, du canada, des États-Unis et du Japon. Ces recherches ont toutes la même conclusion, à peu de choses près.

Citons celle de l’étude canadienne : « Aucune relation statistique significative (avec le cancer) (…) peut être attribuée à l’exposition aux chams magnétiques. »

Je ne sais pas comment les chercheurs ayant complété les études citées plus haut, et qui proviennent notamment de l’Institut Armand-Frappier de Montréal, du National Institute of Environmental Health Sciences, des États-Unis et du Engineering Development Cancer, du Japon, ont réagi en prenant connaissance de la position du CIRC, mais celui-ci leur dit clairement que leurs recherches, respectant les critères scientifiques les plus élevées et portant sur des centaines de cobayes, n’ont en rien influencé son évaluation.

L’organisme n’est pas sans savoir que les études animales ont une bonne qualité prédictive sur la santé humaine : pas étonnant étant donné que les généticiens nous disent que nous partageons environ 90 % de matériel génétique avec les animaux. Si les études animales n’ont rien donné quant à une effet possible sur la santé, pourquoi n’ont-elles pas pesées comme il se doit sur la position de l’organisme ?

Évitons les procès d’intention, mais retenons une conclusion : s’il est important de ne pas passer à côté d’un problème de santé publique quand il y en a un, il est aussi dommageable de le surestimer et de susciter aussi des inquiétudes parmi la population sans commune mesure avec le danger véritable.

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