Luc Robitaille : un athentique exploit

Métro, 21 janvier 2002
Politologue de formation et résident de Montréal.

Ce week-end, Luc Robitaille, évoluant pour les Red Wings de Détroit, est devenu le meilleur buteur chez les joueurs ayant la position d’ailier gauche de toute l’histoire du hockey professionnel.

L’événement a été souligné certes, mais sans éclat. pourtant, ce qu’a accompli le joueur originaire de Montréal n’est pas un mince exploit. En fait, c’est tout simplement phénoménal !

En marquant le 611e but de sa carrière, Luc Robitaille a dépassé Bobby Hull, un mythe du hockey. Pour les lecteurs peu familiers avec le hockey, soulignons que Robitaille affiche des statistiques dépassant celle des légendes québécoises bien connues, dont Maurice Richard (544 buts) et Guy Lafleur (560 buts).

Son histoire est digne de mention, car Robitaille, 35 ans, est un très bel exemple de constance et de dépassement. Cet athlète a dû vaincre bien des préjugés à ses débuts dans le circuit professionnel. Considéré comme un patineur moyen malgré ses talents offensifs, il a été repéré tardivement, soit au 171e rang dans le repêchage des hockeyeurs amateurs de 1984. Les Kings de Los Angeles, qui ont misé sur lui, se sont rapidement félicités de leur choix. En effet, Robitaille impose son rythme dès sa première saison, en 1986-1987, en enfilant 45 buts.

La carrière de Robitaille tranche avec celle d’un autre hockeyeur québécois, Alexandre Daigle. Ce dernier, repêché en 1993 au tout premier rang de la LNH (donc considéré comme le meilleur joueur amateur, au monde, à l’époque), s’est singularisé par son absence d’ardeur et de désir d’évoluer. Il n’a fait que quelques saisons et est disparu dans l’oubli. Résultat : son cas est devenu le symbole d’une carrière prometteuse détruite par une mauvaise attitude.

Un élément majeur manque toutefois au tableau de chasse de Robitaille : le trophée ultime, soit la coupe Stanley, remise aux champions des séries de fin de saison. Car, dans le hockey comme dans tous les sports collectifs, ceux qui habitent nos souvenirs sont les athlètes qui ont pu amener leur équipe à la victoire ultime : les Richard, Lafleur, Lemieux, Roy et compagnie.

C’est un peu la tragédie de Marcel Dionne, un hockeyeur surdoué des années 1970. troisième meilleur buteur de l’histoire, lui et son équipe ne sont jamais parvenus à décrocher le titre. À cause de cela, la carrière pourtant exceptionnelle de Dionne scintille moins brillamment dans le firmament des grands du hockey.

Ce serait donc un bel aboutissement que de voir Robitaille remporter, cette année, la coupe Stanley. Après Raymond Bourque la saison dernière avec Colorado, un autre grand du hockey québécois, alliant le talent et une personnalité attachante, lèverait enfin la coupe au bout se ses bras, au dernier tournant d’une illustre carrière.

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