Le (second) grand défi du Québec

Métro, 11-13 janvier 2002
Politologue de formation, résident de Montréal.

Le leader de l’action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, a mis un peu d’aigreur dans nos repas de Noël quand il a rappelé, dans une intervention juste avant le 25 décembre, le faible taux de natalité du Québec. M. Dumont a souligné qu’avec un taux de fécondité par femme à 1,44 enfant, le Québec se situe dans le bas du peloton du monde occidental. Pourtant, notre voisin du sud, les États-Unis, affiche le meilleur taux, avec 2,08.

En fait, le taux de naissance de 2001 est le pus bas enregistré au Québec depuis…1908, alors que le Québec n’avait pourtant que 1,9 million d’habitants ! En effet, seulement 72 000 bébés ont vu le jour au Québec l’an dernier, pour une population dépassant les 7 millions d’habitants.

Comme le rappelle Mario Dumont, tous les débats sur la société distincte, la place du Québec et autre sujets qui font partie des sempiternelles discussions de la politique québécoise sont vains si la population ne croît pas davantage. Le Québec est déjà passé sous la barre psychologique des 25 % de la population canadienne : ce poids démographique en diminution constante affaiblit considérablement l’influence du Québec dans la société canadienne (et donc sa capacité de la réformer à son avantage).

On peut donc avancer qu’après l’économie, la démographie devrait être la deuxième grande priorité, permanente, du Québec. Pourtant, c’est un sujet peu débattu par les Québécois. La constitution, la santé et autre sujets de l’heure mettent souvent ce sujets sensible hors de la sphère des échanges publics.

On ne peut discuter de démographie sans également parler de son corollaire, l’immigration. Or, même si le Québec a l’intention d’accueillir pus d’immigrants, ceux qui y sont ont encore beaucoup de difficultés à se faire une place chez nous. (La page des lecteurs de Métro en témoigne souvent).

Un des problèmes vient du fait que peu de Québécois de souche entretiennent des contacts réels et fréquents avec des nouveaux venus. Les francophones immigrent en banlieue, les immigrants y vont encore peu, ce qui tend à créer des univers parallèles, peu propices à une véritable intégration. Les » deux solitudes » du Québec, Lune francophone, l’autre anglophone, sont-elles en voie d’être superposées par deux autres, Québécois de souche et immigrants ?

Pour éviter cet écueil, les deux entités doivent se rejoindre à mi-chemin : les Québécois, en démontrant une réelle ouverture et en faisant des gestes concrets, notamment en milieu de travail ; et les immigrants, en dépassant le réflexe naturel de se replier dans un environnement centré sur la communauté d’origine.

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