Moyen-Orient : exit Sharon et Arafat

Métro, 7 février 2002
Politologue de formation.

Depuis plusieurs mois, les médias nous rapportent presque quotidiennement des scènes d’une rare violence provenant d’Israël et des territoires de Cisjordanie et de Gaza. Attentats meurtriers, répliques systématiques, Israéliens et palestiniens sont définitivement inscrits dans une logique guerrière où la vengeance appelle la vengeance, le sang invite à plus de sang.

Encore la semaine dernière, deux événements ont attiré l’attention dans cette terre âprement disputée. Pour la première fois, c’est une femme, une Palestinienne dans la vingtaine, qui a commis un attentat suicide, emportant avec elle un passant de 80 ans. L’autre nouvelle est cette révélation, incongrue de la part d’un chef d’État, en l’occurrence Ariel Sharon, de son regret de n’avoir pu éliminer physiquement son vis-à-vis palestinien, Yasser Arafat.

Pourtant, les solutions quant à la coexistence pacifique entre Israéliens et Palestiniens dans cette zone remplie d’histoire et de religion sont connues. En gros, reconnaissance explicite d’Israël de la part des Palestiniens et fin des attentats ; retrait progressif de l’État hébreu des territoires qu’elle occupe militairement depuis 1967.

Même si les enjeux sont redoutables, ils pourraient trouver des conclusions satisfaisantes. Le peuple israélien et palestinien ont assez souffert pour ne pas appuyer ces initiatives de paix.

En fait, ce qui manque le plus à cette région, et empêche un règlement pacifique et permanent, c’est la confiance entre les parties. Pour l’heure, elle apparait singulièrement absente. Les Israéliens n’accordent plus aucune crédibilité au leadership palestinien, invoquant la poursuite des attentats gratuits contre des civils.

Les Palestiniens, avec les centaines de morts de l’intifada (soulèvement), et l’humiliation quotidienne que leur fait subir l’occupation israélienne, n’ont que haine pour Ariel Sharon, dont les gestes de provocation sont en partie responsables du soulèvement actuel.

Dans une telle atmosphère de méfiance, une reprise du dialogue est impossible et interdit donc, à court terme, tout espoir de paix. Sans être la panacée, le changement de leadership, des deux côtés, apparait don comme la première chose à souhaiter pour dénouer l’impasse, et faire basculer la situation du désespoir actuel à un optimisme prudent.

Or, Sharon ne pourra quitter qu’à la faveur d’une défaite aux prochaines élections en Israël. Arafat, en place depuis des décennies, s’accrochera jusqu’à sa mort. La situation au Moyen-Orient risque donc l’enlisement pour quelque temps encore.

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