Véritable démocratie

Métro, 4 mars 2002

Il y aura finalement un Sommet de Montréal en juin, plus précisément les 4, 5 et 6. Ainsi en a décidé le maire Gérald Tremblay, malgré la controverse entourant ce dossier. On le sait, la ville avait choisi, selon un processus d’appel d’offres en apparence conforme, une organisation peu connue, l’Institut pour le progrès socio-économique (IPSE), pour organiser ce méga-sommet doté d’un budget de 850 000$. Or, a-t-on appris, cet institut était jusqu’à récemment dirigé par M. Tremblay lui-même et avait eu droit à des informations privilégiées.

Sans nullement remettre en cause l’intégrité du nouveau maire, avouons que, pour un ex-ministre pourtant habitué à la gestion publique, le premier magistrat de la nouvelle ville a quelque peu manqué de jugement dans cette affaire. Le maire Tremblay ne pouvait pas ne pas savoir que de sérieux doutes seraient exprimés si l’IPSE était choisi pour un si lucratif contrat. On imagine bien ses habiles conseillers en relations publiques (ses « spin doctors ») le mettre en garde à ce sujet !

Mais saluons tout de même sa détermination à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain en prenant prétexte de cette bourde pour annuler le Sommet. Car cet événement sera, après seulement six mois d’existence par la nouvelle ville, un moment déterminant pour dégager les grands choix de développement de l’île, qui ne manqueront pas d’avoir un impact certain sur notre vie de tous les jours.

Que l’on pense à l’urbanisme, le développement communautaire, l’intégration des immigrants, les loisirs, la sécurité publique ou la gestion du trafic urbain, les consensus qui émergeront deviendront en fait les engagements de la nouvelle administration, et sur lesquels elle sera jugée et évaluée. Il s’agit donc d’un exercice démocratique à l’avantage de tous ceux qui y participeront.

Une opposition crédible
Parlant de démocratie, voici une conséquence positive de la réalisation du projet
« une île, une ville » : l’existence d’une opposition forte et crédible. Bien souvent, la politique montréalaise était l’affaire du maire et de son cabinet. Celui-ci régnait presque sans partage, sans véritable opposition pour exercer un rôle critique de ses actions.

Grâce à l’élection de Gérald Tremblay et, surtout, à la décision heureuse de l’ex-maire Bourque de rester, on a maintenant droit à d’intéressants duels entre l’administration et l’opposition. Forts de leur expérience antérieure et de leur assise populaire, Pierre Bourque et son parti forment une opposition solide, très en mesure d’évaluer avec pertinence le travail de la nouvelle équipe au pouvoir. En ce sens, ce n’est pas seulement un meilleur partage des richesses qu’amène la nouvelle ville, mais aussi de réels débats démocratiques à la grandeur de l’île.

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