Référendum : à distance de ses passions

Le Devoir, 7 juillet 1980

Nous venons de vivre au Québec de chaudes luttes politiques qui ont éclairé la conscience de plusieurs citoyens. C’est probablement là que réside la victoire de tous les camps, autant du OUI, que du NON.

Une chose cependant m’épate et me fait d’autant admirer la démocratie que nous avons tous bâtie : le Québec, par une simple croix sur un bulletin de vote, aurait pu accéder à sa souveraineté nationale.

Bien peu de pays peuvent en dire autant.

La plupart des accessions à l’indépendance politique se font à la suite à des pertes de vies humaines et dans la violence.

À première vue, on ne voit pas les choses de cette façon. C’est seulement en jetant un coup d’oeil à la scène internationale et en se distanciant de ses passions que l’on peut admirer tous les bienfaits de notre démocratie québécoise.

C’est pourquoi il est à espérer que les Québécois se tournent quelque peu vers le domaine de la politique internationale.

Cela peu sembler ardu, certes, les Québécois comme les Canadiens n’ayant jamais subi la guerre et jouissant de peu de leadership dans le monde actuel.

Cependant, il est surprenant de constater jusqu’à quel point certains peuples luttent pour des aspects vitaux et essentiels (repas trois fois par jour, logis convenable etc.) alors que nous, peuples nantis, nous battons pour des revendications qui peuvent sembler, avouons-le, superficielles, pour ces hommes et femmes démunis.

Je ne dis pas qu’il faut cesser de te battre pour faire valoir nos droits, mais il faudrait peut-être mettre davantage en exergue la souffrance des autres communautés pour consacrer plus d’énergie à combattre les fléaux qui les accablent.

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