Langue au Québec : illusoire sécurité

La Presse, 1er février 1989

On ne peut qu’applaudir l’appel au dialogue avec Alliance Québec lancé ces derniers jours par la présidente de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, Mme Nicole Boudreau.

Il est cependant difficile de partager son optimisme: « Quand les Québécois auront acquis la sécurité culturelle et linguistique qui leur est due, nous dit-elle, je pense que l’ouverture faite à la place de l’anglais sera beaucoup plus grande ».

La défense du français, notamment dans son aspect symbolique de l’affichage, provient en bonne partie du sentiment d’insécurité culturelle ressentie par nombre de Québécois.

A l’heure actuelle, ce sentiment est appelé à s’aviver bien plus qu’à s’étioler. Pourquoi? Nous vivons en Amérique du Nord.

À l’ouest, à l’est comme au sud, la langue est l’anglais.

Serions-nous entourés de près de 300 millions d’hispanophones que nous nous inquiéterions de la menace de l’espagnol sur notre culture !

Mais ce n’est pas tout. Notre voisin du sud est un pays économiquement fort. Il constitue surtout une puissance culturelle qui fait sentir sa force jusque dans les contrées les plus éloignées.

Déjà, des pays aux cultures fortes et millénaires, tels la France, l’Allemagne, dix fois plus populeux que le Québec et situés à des milliers de kilomètres de l’Amérique, s’inquiètent de l’influence grandissante de la culture américaine.

D’autre part, notre taux de fécondité est un des plus bas du monde. Comptons sur les immigrants, diront certains. Mais, selon des études, presque deux immigrants sur trois s’intègrent, au Québec même, à la communauté anglophone.

Penser que les Québécois atteindront, un jour, une sécurité culturelle et linguistique est pure rêverie.

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