De la performance, right, de la décence aussi

Bulletin MBA, août-septembre 2002

Après les malversations dévoilées chez Enron, Global Crossing et autres WorldCom à la comptabilité plus que douteuse, certains n’hésitent pas à suggérer que le système capitaliste traverse sa pire crise depuis le crash de 1929. Car il ne s’agit pas cette fois de simple descente aux enfers des titres boursiers voyant la fortune de plusieurs s’envoler en fumée, mais du pilier sur lequel repose tout système économique : la confiance, la crédibilité.

C’est pourquoi le président des États-Unis lui-même, qui représente le haut de toute la pyramide du système, ainsi que le président de la Federal Reserve sont intervenus en force depuis quelques semaines pour mettre en place des réformes et réaffirmer leur confiance dans ce système qui procure, effectivement, un bien-être économique à une majorité, du moins en Occident.

Pour l’heure, ce n’est pas tant la crise de confiance qui pose défi, mais ta capacité du système à s’autoréguler, à engendrer les changements qui injecteront la dose de confiance nécessaire à son redéploiement. Or, pour le moment, cette confiance ne semble pas. encore, produire l’élan requis pour redonner pleinement confiance aux citoyens-consommateurs.

On les comprend. Les manipulations reprochées aux entreprises sont en effet hautement condamnables et le fait de dirigeants véritablement poussés par une cupidité sans limite.

Pour preuve, l’indécence des salaires des chefs d’entreprise. Est-il besoin de rappeler qu’en l’an 2000 le président de Nortel Networks, John Roth, s’est vu attribuer un montant de 135 millions, qui a été suivi de la débandade totale de cette entreprise et, surtout, de la cagnotte de milliers de petits investisseurs comptant sur sa stabilité pour épargner assez pour leur retraite.

Cent trente-cinq millions, c’est plus de 3 850 fois le salaire annuel d’un travailleur moyen (35 000 $). À un taux d’imposition de 50 %, ce type de salaire fait de son bienheureux un millionnaire, chaque semaine. Net d’impôt.

La question se pose : un seul individu peut-il vraiment mériter tout cet argent ?
Il n’y a pas à contester que ces dirigeants méritent des salaires annuels avoisinant les meilleurs gros lots de Loto-Québec. mais il y a une nuance entre le mérite et l’indécence.

À tant parler de la nécessité d’instaurer un plafond aux salaires des hockeyeurs professionnels, il serait peut-être temps d’y penser que les entreprises y songent pour leurs directeurs généraux.

La crise de confiance actuelle nous rappelle que les entreprises doivent afficher de la performance, right, de la décence aussi.

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