Formation : alliance école-industrie

Magazine Courants, juillet-août-septembre 1989

Christoph Glathe est directeur de la formation à la compagnie Daimler-Benz, de la République fédérale allemande. Lors du colloque sur Le développement des ressources humaines : le défi des années 90, organisé à Montréal par la Chambre de commerce allemande et le ministère de la Main-d’oeuvre et de la Sécurité du revenu du Québec, il a été un des conférenciers les plus sollicités.

I1 y a de quoi. Le programme de formation dont il a la charge étonne par son ampleur et son envergure. Daimler-Benz compte près de 150 000 employés répartis dans 11 usines couvrant tout le pays, ce qui en fait un des plus gros employeurs en Allemagne.

L’entreprise est active, bien sûr, dans le secteur de l’automobile, mais elle fait aussi des affaires avec le ministère de la Défense de la RFA. Chaque année, près de 76 000 employés partent en différentes sessions de formation, de même que 5 800 cadres en moyenne. Inutile de dire que la formation professionnelle est une priorité d’entreprise … et de l’État ouest-allemand.

Le système dual
En effet, la RFA parraine un système de formation nommé système dual, qui engage à la fois les entreprises et le réseau scolaire. Daimler-Benz accueille ainsi 2 900 nouveaux apprentis chaque année.

Au lieu de faire l’apprentissage de son métier à l’école pour ensuite se confronter à la réalité de l’industrie, l’étudiant qui participe à un tel programme profite d’une formation théorique à l’école en même temps qu’une formation pratique en entreprise.

Plus de 383 professions sont intégrées à ce système dual de formation, dont la juridiction revient à chaque État de la RFA. En général, cette formation s’étend sur une période de trois ans. En 1986, environ 1,8 million d’élèves ont fréquenté une école professionnelle et recevaient une rémunération mensuelle d’une entreprise.

Quatre modules
Mais il n’y a pas que les nouveaux venus qui profitent d’un programme de formation intégré. Tous les employés de l’entreprise, cadres inclus, suivent régulièrement des cours de perfectionnement. Christoph Glathe mentionne en effet que tous les cadres participent à des sessions de formation au moins une fois tous les trois ans. Surtout dans le domaine de la gestion des ressources humaines.

« Dans notre secteur, la technologie évolue si rapidement que les gestionnaires sont continuellement appelés à former leur personne/et à les faire travailler avec de nouvelles techniques. Un tel processus exige beaucoup de doigté pour motiver un groupe face aux nombreux changements qui surviennent », commente Christoph Glathe.

Quatre modules de formation ont été mis sur pied. Le premier consiste en un programme de formation sur le lieu de travail. Cela peut être la rotation d’emploi, la participation à des cercles de qualité, à des groupes de travail, etc. Le deuxième module consiste en la participation à un centre de formation spécialisé au sein de l’entreprise; il s’agit de sessions consacrées à l’apprentissage des nouvelles technologies et de connaissances spécialisées. Le troisième module est l’inscription à des institutions à l’extérieur de l’entreprise, dans des universités ou des collèges.

Enfin, le quatrième module porte sur l’organisation de séminaires, s’adressant plus particulièrement aux cadres et futurs cadres. On y enseigne des techniques de communication, de gestion en ressources humaines, d’adaptation aux nouvelles techniques.

Christoph Glathe explique le contexte du programme de formation chez Daimler-Benz : « Nous établissons un programme de formation après avoir bien maîtrisé tous les éléments d’une nouvelle technologie. Notre objectif ne vise pas à montrer aux employés comment presser le bouton. Nous voulons qu’ils comprennent bien tous les rouages de la technologie utilisée dans leur unité. »

Sélection et formation
Le succès de la formation dépend surtout de la motivation des employés, reconnaît-il. « C’est l’élément le plus important de la réussite. Un employé qui n’est pas motivé à intégrer de nouvelles connaissances ne peut « survivre » dans notre compagnie. Nous essayons d’ailleurs, lors de l’embauche, de sélectionner des individus ayant de bonnes capacités d’adaptation et désireux de s’intégrer à la grande famille Daimler-Benz. Si le désir est là, notre compagnie les aide à progresser de la manière la plus agréable, mais aussi la plus efficace possible.

Comment évalue-t-il l’importance de la formation dans son entreprise ?

« Les dirigeants de Daimer-Benz savent que le développement de la firme dépend de la qualité du personnel en place. Nous investissons des sommes énormes dans l’acquisition de nouveaux équipements. Notre personnel doit pouvoir maitriser ces équipements. Ce faisant, il sera en mesure d’y apporter des améliorations et de proposer des innovations. Personnellement, je me sens dans un secteur d’activités en croissance, pas en termes de ressources, mais en termes d’importance stratégique. »

Christoph Glathe dirige une équipe de 40 personnes, qui gère, elle, une équipe de plus de 500 formateurs à temps plein. Son objectif est de rendre autonome l’activité formation à l’intérieur de chaque unité de l’entreprise.

« Nous voulons développer une stratégie qui ferait que chaque unité est responsable de la formation du personnel. À l’avenir, notre rôle en sera donc un de contrôle et de supervision. »

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