Tag Archives: MBA

MBA et changement de carrière : une alliance de nature

Bulletin MBA, avril 2003
Directeur de projets, Hydro-Québec International

La littérature et la praxis en conseils de gestion de carrière ont toujours misé sur une conception linéaire : pour changer de carrière, soutiennent les experts du domaine, vous devez apprendre à vous connaitre vous mêmes et à cibler vos intérêts «profonds» et vos rêves personnels, pour ensuite passer à l’action et dénicher ce poste sur votre moi véritable.

Cette conception a été remise en cause récemment par un article remarqué de la Harvard Business Review. Selon cet article, cette façon de faire, trop «rationnelle», ne tient pas compte des multiples intérêts et motivations d’un individu et, surtout, de ses façons de faire.

Nous apprenons par l’action, d’où la nécessité d’expérimenter un domaine avant de déterminer vraiment s’il nous convient.

Une telle approche milite largement en faveur du diplôme MBA. Quoi de mieux qu’un MBA, en effet, pour explorer diverses avenues, autant sur le plan des secteurs touchés, des études de cas ou encore des spécialités abordées (finances, marketing).

Et, mieux encore, par les échanges d’expérience avec les autres étudiants venant d’horizons les plus variés, du pharmaceutique en passant par le secteur coopératif.

Un des meilleurs cas de MBA rencontré est celui d’un collègue passé du statut de fonctionnaire à celui d’entrepreneur. Il avait profité de son cours pour réorienter sa carrière et la remettre sur des voies correspondant mieux à ses amours du moment.

Comme diplômé MBA, c’est une conception que nous devons répandre et faire valoir.

Baisse des actions et rêves assassinés

Bulletin MBA, mars 2003
Directeur de projets, Hydro-Québec International

S’il est un fait dramatique des dernières années côté économie, la baisse marquée des cours boursiers et leur impact funeste auprès de nombre d’investisseurs vient assurément au sommet de la liste.

Tout comme moi, vous avez rencontré des collègues, des proches ou des amis (si ce n’est vous-mêmes !) qui ont vu leurs projections de retraite dorée s’envoler littéralement en fumée.

Je me suis rappelé récemment comment l’un de mes meilleurs amis me signifiait avec délectation, presque à chaque mois, son imminente indépendance financière, dont l’arrivée était continuellement devancée grâce au rythme de la hausse frénétique du cours de ses actions : « Ce n’est plus dans sept ans, mon vieux, que je suis « libre », mais dans cinq ! ».

Depuis les derniers mois, ce sujet entre lui et moi est devenu tabou. Selon la dernière information transmise, ce n’est pas moins de 65 % de ses fonds de placement qui ont disparu dans les marécages capricieux de la bourse.

Les cas extrêmes sont mêmes visibles. Récemment, une connaissance d’affaires, avec laquelle je discutais pour un contrat de service, m’avouait, les larmes aux yeux, qu’elle avait tout perdu et qu’elle attendait son premier chèque de retraite pour payer son loyer. Toutes ses économies de 30 ans avaient disparu dans l’abime de l’oubli…en raison d’imprudents achats sur marge alimentés par l’euphorie boursière.

Les conséquences ? Il faudra quelques années avant que les petits investisseurs reprennent confiance dans la bourse et y placent leurs (dorénavant) maigres économies.

Cela veut dire une course plus difficile d’obtention de capital pour les entreprises ainsi que des temps moins glorieux pour les fonds d’investissement d’actions…et des horizons heureux pour les vendeurs d’obligations.

M.B.A. ou M.BI.É ?

Commerce, janvier 1988

Pour nombre de francophones qui étudient en gestion, la santé financière d’une entreprise ne se détermine pas à l’aide d’un bilan et d’un état des résultats, mais plutôt d’un balance sheet et d’un income statement.

Autrefois en proportion négligeable, les francophones forment aujourd’hui près du quart de la clientèle aux programmes de MBA des universités McGill et Concordia.

« Avec la baisse de la population anglophone, explique Lizanne E. Winser, directrice administrative du MBA à Concordia, les francophones sont devenus une clientèle cible ». Depuis quelques années, le nombre de francophones n’a cessé d’augmenter. Cette année, ils comptent pour 24 % des nouveaux étudiants admis à Concordia alors qu’ils ne représentent que 17,6 % de l’ensemble des étudiants de l’institution.

Même situation à McGill, quoique dans un rapport inverse. Si le pourcentage d’étudiants francophones s’établit à 27 %, toutes facultés réunies, les francophones composent environ 20 % de l’effectif au MBA.

Mais cette donnée pourrait sous-évaluer la présence réelle des francophones, estime Susanne Major, directrice des admissions au MBA de l’université McGill.

« Nous croyons que quelques étudiants prétendent que l’anglais est leur langue maternelle pour augmenter leurs chances d’admission. D’autres, qui se disent anglophones, connaissent les deux langues depuis l’enfance, commente-elle. Autant de gestes inutiles, puisque la langue maternelle ne compte en rien dans l’évaluation des dossiers.

Mais qu’est-ce qui pousse de jeunes aspirants administrateurs francophones à s’inscrire dans des universités anglophones ? Selon Lizanne Winser, c’est principalement la volonté d’apprendre l’anglais, les étudiants jugeant important de se familiariser avec la terminologie anglaise du langage des affaires.

Une affirmation que reprend à son compte, tout en la nuançant, Laurent Picard, ancien doyen de la faculté d’administration de l’université McGill et maintenant professeur de stratégie. À son avis, l’apprentissage de l’anglais constitue une motivation importante lors de la demande d’admission au premier cycle, mais s’atténue au MBA.

« L’étudiant se préoccupe plus des objectifs du programme, raconte-t-il, puisqu’à ce stade, il est déjà bilingue. Autre explication: les critères d’admission plus stricts à 1’Ecole des Hautes Études Commerciales et à l’UQAM découragent plusieurs francophones. Il faut en effet au moins deux années d’expérience en gestion pour être admissible au MBA des HEC et quatre à celui de l’UQAM, contre aucune à McGill et Concordia.

Mais il y a plus. Outre la maîtrise de l’anglais, plusieurs étudiants francophones de Concordia et McGill avouent chercher à s’initier et à s’intégrer à un réseau d’affaires anglophone et accroître ainsi leurs chances d’embauche.

« Vivre avec des anglophones, ce n’est pas seulement faire l’apprentissage d’une langue, mais aussi d’une culture sensiblement différente de la nôtre. Mieux vaut s’y frotter tôt pour éviter les surprises plus tard, déclare une étudiante pour qui l’arrivée à McGill constitue le premier contact réel avec des anglophones de Montréal.

Mais l’inverse se réalise-t-il ? Trouve-t-on t-on des anglophones au HEC ? La réponse est brutale : aucun, ou à peu près, situation que déplore Jean-Pierre Frénois, directeur du MBA aux HEC.

« Nous aimerions effectivement attirer plus d’anglophones. Je suis persuadé que les anglophones auraient tout intérêt, compte tenu du dynamisme du milieu des affaires québécois, à s’intégrer à un réseau d’affaires francophone. La situation a beaucoup changé depuis une dizaine d’années. » Cependant, peu d’effort sont été faits par les HEC pour attirer les anglophones.

Plus difficile
Comme on peut s’y attendre, étudier en anglais pose des difficultés supplémentaires aux francophones. « On est carrément moins intelligents en anglais, déclare un étudiant d’origine haïtienne. Les idées nous viennent moins rapidement, et on les exprime moins clairement. Ou encore : « Nous ne passons pas notre temps dans un dictionnaire à traduire les mots de l’anglais au français, soutient un autre étudiant, mais, qu’on le veuille ou pas, les notions que nous assimilons demeurent un peu plus confuses en anglais. À l’Université de Montréal, je parlais souvent en classe dans les débats ; à Concordia, je ne prononce que quelques phrases. Mais on s’améliore rapidement. »

En général, toutefois, il apparaît que les francophones ne se laissent nullement décourager par l’obstacle linguistique.

« Ils semblent en général avoir plus de plaisir que les anglophones dans les débats en classe, signale Pierre Brunet, professeur de management à Concordia. Ils aiment parler et s’animer, et la langue ne semble pas causer trop de problèmes. Même s’ils écrivent mieux en français et qu’ils peuvent remettre leurs travaux dans la langue de leur choix, les étudiants insistent pour les remettre en anglais.

De son côté, Laurent Picard signale : « Les étudiants francophones ont légèrement plus d’appétit et d’enthousiasme, dit-il. Et pas question de ghettoïsation : les francophones et les anglophones aiment travailler ensemble. Il existe une grande fluidité des relations, contrairement à il y a dix ans alors que les Canadiens-français se regroupaient ». Certes, l’apprentissage des outils de gestion en anglais apporte des avantages énormes, mais il comporte aussi des inconvénients.

Si l’anglais fait des progrès, le français, lui, en subit les contrecoups. Les étudiants francophones ignorent souvent l’équivalent français des termes financiers anglais. Résultat : quand ils s’expriment entre eux, les francophones utilisent un langage truffé de locutions anglaises. Certains y voient un début d’assimilation, d’autres, plus optimistes, y voient plus simplement l’émergence d’une élite d’affaires parfaitement bilingue, prête à conquérir l’Amérique.