Diviser pour régner

Le Devoir, le 1er décembre 1980
Yvan Cliche, étudiant à l’Université de Montréal

L’Assemblée nationale n’a pu réaliser l’unanimité si nécessaire contre le projet de rapatriement unilatéral du gouvernement fédéral. Ce vote, historique s’il en est un, est, à notre avis, d’une conséquence extrêmement fâcheuse pour la population du Québec dans ce débat autour de la Constitution.

Pourtant, au départ, le texte soumis par le gouvernement du Parti québécois semblait neutre et sans attaches partisanes. Il a cependant fallu que l’opposition libérale exige de la majorité la reconnaissance des avantages du fédéralisme canadien, geste cynique et amplement provocateur pour un gouvernement souverainiste.

Ainsi donc, l’attrait du vote et la stratégie politique a quand même dominé le débat, un des seuls, où vraiment, le peuple attendait de ses élus qu’ils quittent le champ électoral pour faire passer un premier rang l’intérêt supérieur de la nation.

On peut donc s’attendre à ce que les tergiversations de coulisses du gouvernement québécois n’aient dorénavant aucune force à Westminster. Il en est de même des divers mouvements d’opposition se créant en ce moment au Québec.

En effet, comment justifier une opposition valable contre ce coup de force alors que la première institution représentant le peuple québécois n’est pas unanime contre le projet? Encore une fois, les antagonistes à l’action du pouvoir central seront identifiées comme des indépendantistes, ce qui rendra presque irréalisable une résistance bénéfique devant ce coup d’État déguisé.

En outre, comble de la résignation, le PLQ, par la voix de son chef, ouvre la porte à un consentement du rapatriement unilatéral, sans charte des droits. Jamais un chef politique québécois, aspirant en plus à devenir chef de l’État, n’avait fait pareil compromis.

Devenus maitres du marketing politique d’inspiration machiavélique, M. Trudeau et ses conseillers ont demandé plus pour obtenir un peu moins, comme dans toute bonne négociation syndicale-patronale.
Ainsi, en requérant le rapatriement de la Constitution avec charte des droits, le gouvernement fédéral, devant l’ampleur de l’opposition manifestée, acceptera le retrait de sa charte des libertés, mais rapatriera la loi fondamentale du pays et aura donc ce qu’il voudra.

Tout compte fait, les provinces s’en accommoderont et se contenteront de cette victoire partielle. Mais M. Trudeau aura récolté ce qu’il désirait : la Constitution à Ottawa et son nom dans les livres d’histoire. Le triomphe lui appartiendra donc entièrement.

Ce scénario n’est pas aussi impossible qu’il en a l’air. Avec le présent gouvernement à Ottawa, tout nous est permis. Il est à espérer que les forces fédéralistes au Québec, royalement trompé par le premier ministre canadien lors du référendum, ne cèderont pas à la résistance contre le rapatriement unilatéral, et ne tomberont pas dans le jeu à vainqueur unique que lui soumet le gouvernement central.

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