Le développement vertigineux de la Chine

www.tolerance.ca, été 2006
Yvan Cliche a séjourné récemment en Chine dans le cadre d’un projet d’adoption. Il avait auparavant effectué deux missions dans ce pays pour des raisons professionnelles.

La Chine donne le vertige…et fait peur, notamment aux Américains, qui s’inquiètent ouvertement de sa montée en puissance. Une montée en puissance qui fait de la Chine un consommateur vorace d’énergie, elle qui est devenue la manufacture de la planète. Un objectif prioritaire de la politique étrangère de Chine est donc axé sur cette recherche effrénée d’énergie.

La Chine n’en finit pas d’étonner. Ceux qui, comme moi, ont pu visiter ce pays à deux ou trois ans d’intervalle depuis 10 ans, ne peuvent s’empêcher d’être épatés du développement fulgurant de l’Empire du Milieu, qui voit son économie croître de quelque 8 à 10 % depuis nombre d’années.

Ceux qui ont connu la Chine il y a une génération sont encore plus abasourdis. Dans la Chine des années
1970, même dans les grandes villes, on circulait essentiellement à vélo, les gratte-ciels étaient rares, et le col Mao était le costume national.

Aujourd’hui, dans les grandes mégapoles que sont Beijing, la capitale, qui se prépare fébrilement à accueillir les Jeux olympiques de 2008, dans Shanghai, la métropole économique, ou dans l’industrieuse Hong-Kong, et même dans des villes dites secondaires comme Dalian (province du Liaoning) ou Nanning (Guangxi), les autos abondent, les grues de construction d’édifices en hauteur pullulent, les vêtements sont tout aussi variés qu’en Occident. Les projets titanesques aussi ne font pas peur, comme l’atteste la mise en service cette année du projet hydroélectrique des Trois Gorges.

La Chine donc donne le vertige…et fait peur, notamment aux Américains, qui s’inquiètent ouvertement de sa montée en puissance. Une montée en puissance qui fait de la Chine un consommateur vorace d’énergie, elle qui est devenue la manufacture de la planète. (Le visiteur chinois qui séjourne en Occident a d’ailleurs bien du mal à trouver des souvenirs locaux: même les cadeaux typiques, comme les castors en peluche canadiens, sont souvent « made in China » !)

Un objectif prioritaire de la politique étrangère de Chine est axé sur cette recherche effrénée d’énergie. Les dirigeants au plus haut niveau parcourent la planète, notamment en Afrique et même au Canada pour trouver accès à une ressource pétrolière absente dans le pays. Ainsi, en juin 2006, des hauts dirigeants chinois séjournaient dans sept pays d’Afrique et n’en finissaient pas de rassurer les leaders africains sur la concurrence chinoise, qui est en train de ruiner l’industrie textile partout dans le monde, y compris sur ce continent déjà si démuni.

La capacité des Chinois à copier les meilleurs produits et à fabriquer à très faible coût est inégalée et explique en bonne partie leur succès actuel. Ils sont aussi de grands utilisateurs des toutes dernières technologies, si bien que c’est souvent en Chine que l’on peut découvrir les « gadgets » qui feront leur entrée massive dans les pays occidentaux quelques mois ou quelques années plus tard. La contrepartie, avouée des intellectuels chinois, est leur faible capacité d’innover, expliquée en partie par leur caractère docile, peu individualiste, plus axé sur l’harmonie que sur la créativité et la dissidence.

Si l’économie tourne à fond et enrichit nombre de Chinois, notamment ceux de la côte est, l’environnement est mis à mal. Le gouvernement chinois a cherché à développer l’économie sans se soucier des conséquences. Mais la réalité l’a rattrapée et les coûts environnementaux de cette économie galopante commencent à faire fléchir les avantages : pollution entraînant de graves coûts de santé, dilapidation des forêts, des cours d’eau.

Le gouvernement chinois semble l’avoir compris, qui a tout récemment dévoilé une ambitieuse politique environnementale. Les dirigeants centraux et locaux seront dorénavant évalués à l’aune de leurs actions en faveur de l’environnement, et non plus seulement sur le seul développement de l’économie. C’est toute une culture à changer, et seul le temps permettra de voir si cette politique sera réellement mise en œuvre.

Le développement fulgurant des villes ne doit pas aussi faire oublier le sous-développement des campagnes, là ou vivent encore la vaste majorité des Chinois, qui ne profitent pas, du moins pas encore, de la manne économique des grandes cités.

La Chine, un pays centralisateur
Enfin, il y a bien sûr le domaine politique qui, aux yeux des Occidentaux, n’est pas des plus enviables. La Chine reste un pays centralisateur, dirigé du sommet, autoritaire, avec un bilan des droits humains qui n’est jamais cité en exemple. À l’ouverture économique ne correspond pas une réelle ouverture politique. Le Parti communiste règne en maître sur une économie capitaliste (officiellement une « économie socialiste de marché » !), et cette contradiction ne semble pas importuner les dirigeants, encore fermés à tout pluralisme véritable. Si des remises en cause individuelles, provenant de quelques intellectuels épars, sont tolérées, la critique soutenue, de groupes organisés voulant par trop élargir les espaces de libertés, n’est pas encore admise.

Si la démocratie se développait dans ce vaste pays, nul doute que la Chine deviendrait un sérieux challengeur de l’hégémonie américaine. La prophétie bien connue d’un intellectuel français reviendrait ainsi à toutes les mémoires : « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera »…

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