La pureté absolue, un danger

Métro, 30 octobre 2001
Politologue, spécialiste de l’intégrisme islamique.

Parmi la masse d’information et d’anecdotes rapportées par les médias depuis les événements tragiques du 11 septembre, il y en a une qui mérite une attention toute particulière.

Il s’agit de la description des funérailles souhaitées par Mohammed Atta, le pilote du premier avion qui s’est écrasé sur le World Trade Center. Celui-ci a en effet laissé une missive dans laquelle il y a décrit le type de cérémonie funéraire qu’il espère recevoir suite à sa mort programmée.

« Je ne veux qu’aucune femme ne soit présente à mes funérailles ni ne visite jamais ma tombe» écrit Atta. Il insiste particulièrement sur sa volonté de n’avoir aucune femme enceinte ni aucune personne «qui n’est pas propre » à la cérémonie. Le spécialiste devant prépare son corps doit, bien sûr, être musulman, porter des gants ne jamais toucher ses parties génitales. (New York Times, 4 octobre 2001.)

Bref, selon Atta, seuls les esprits purs et les corps nettoyés de toute malpropreté ont le droit de se recueillir à sa mémoire.

Cette information jette un éclairage fort intéressant sur les éléments psychologiques ayant amené des hommes apparemment « normaux » à planifier et à commettre de tels gestes meurtriers.

La recherche de la pureté et le retour à une époque lointaine, considérée comme étant plus près de dogme originale, semble bel et bien l’une de ces motivations profondes.

Il s’agit là d’un thème récurrent de l’Histoire, qui dérive souvent d’un sentiment de perte d’identité et de sécurité culturelle. Tout au cours de l’aventure humaine, de nombreux groupes et leaders ont préconisé le retour à la pureté originelle comme solution aulx maux affligeant les sociétés.

Avec la confession de Atta, il apparait que c’est un tel état d’esprit qui anime présentement plusieurs militants islamistes. Il est particulièrement frappant d’analyser le sort que ceux-ci réservent aux femmes. Chez les Talibans, particulièrement extrémistes il faut le dire, il n’est pas exagéré d’avancer que la femme n’a à peu près le droit que de respirer et de procréer.

Être de désir (donc impure), elle doit être couverte de la tête aux pieds, ne jamais déranger un homme ni s’adresser à lui si ce n’est que son mari ou un membre de proche famille.

Pour les intégristes, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs, toute diversité, toute évolution est mal perçu. Comme tout le monde, sans exception, doit se comporter de manière pure, à la manière des premiers adeptes, le comportement prescrit est unique, strictement défini et encadré. Toute déviation est ressentie comme non respect du dogme et est donc condamnable.

Nous le savons, la vie végétale, animale, et humaine est diverse, dans toutes ses manifestations. L’évolution est ainsi qu’il y a mille sortes de fleurs, des animaux en vérité infinie, des humaines de diverses origines et modes de pensée. La tentation intégriste, passée ou actuelle, vise à figer le temps, à aplanir ces différences afin de mettre tout le monde au diapason d’un modèle unique supposé transcendant, débarrassé de toute «impureté» . En ce sens, elle est négation de la vie.

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